Triste époque que celle-là, je fis bien des métiers d'infortune. Pendant six mois je fus employé chez un marbrier pour faire des dessins de boutiques et de tombes. J'avais cru malin de me montrer humble et j'étais mal traité, fort mal traité. Un beau jour le patron me mit à la porte, alors je pris la mouche et l'engueulai de belle façon. I1 fut agréablement surpris et me garda à son service jusqu'au jour où lui-même n'eut plus de travail. Je me souviens maintenant que c'était mon ami l'usurier, pas encore dans la débine, qui m'avait procuré cette place.
Je fus agent de publicité à la commission, pendant six autres mois.
Chaque mois ce fut la même chose: je courais les rues pendant huit heures par jour, éconduit de porte en porte, très poliment d'ailleurs, mais éconduit. Le dernier jour du mois je faisais une affaire qui me rapportait assez à elle seule pour me permettre de vivre pendant tout le mois suivant. Six mois de cette épreuve digne de Tantalus, lassèrent ma patience. D'autant plus que mon patron avait un genre d'avarice très désagréable. Il inventait prétexte sur prétexte pour retarder le paiement de ses employés. Nous étions toujours payés, mais toujours payés en retard.
Je fus directeur d'une revue mondaine. Pour qui me connaît c'est un comble. Cette revue locale était promise à la déconfiture avant même que j'y entre; je réussis à la maintenir en vie pendant sa dernière année. J'avais même trouvé un acquéreur pour le titre, l'acheteur s'engageait a prendre les dettes à sa charge ce qui était inespéré. Le propriétaire de la revue refusa pour la seule et unique raison que c'était un sot.
J'ai beaucoup appris pendant cette première année ou j'ai été éditeur. je retrouve aujourd'hui le bénéfice de cette année d'apprentissage.
J'ai ainsi amassé un bric à bras d'expériences dont j'ai usage à l'occasion.