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XXI

L'esprit d'Atelier. Il s'agit d'une manière traditionnelle de plaisanter, très en faveur à l'école des B.A., cela s'apparente fort au "fun" des anglais. Voyez à ce sujet "L'homme qui rit" de Victor Hugo. C'est une façon d'être et de faire qui n'a rien de particulièrement original, elle est commune a toutes les sociétés de primitifs en voie de civilisation, définition applicable très exactement à la population de l'école, au moins à cette époque. Il est bien difficile d'en rendre compte. Pour comprendre cet esprit il faut avoir vécu soi-même dans le milieu, je ne peux en donner que quelques exemples et ce ne seront pas les plus caractéristiques parce qu'ils ne seraient pas compris.

Un jour un marchand de crayons (importés en fraude) qui visitait nos ateliers périodiquement, nous fit cadeau d'un taille crayons mural avec une manivelle. Ce taille crayons avait une caractéristique particulière, il commençait par tailler le crayon d'une façon impeccable et, tout à coup, il cassait la mine.

Bien entendu, après deux ou trois expériences, nous avions renoncé â nous en servir, mais il resta au mur. A chaque fois qu'un camarade, étranger à l'atelier passait nous voir, il ne manquait jamais d'aviser l'objet qui était bien en vue. Aussitôt il sortait un crayon de sa poche et se met-tait à le tailler, la suite se devine.

Pour varier les plaisirs, un système compliqué de fils fut installé, ce fil s'enroulait autour de l'axe de la manivelle et commandait un petit réservoir d'eau eu dessus de le tête du visiteur, qui recevait ainsi une légère douche. Et de rire.

D'ailleurs l'été les combats a l'aide de bassines d'eau étaient courants, certains jours l'eau coulait en ruisseaux dans l'escalier. Je n'ai jamais su qui habitait a l'étage au dessous du nôtre, ces locataires ne se sont jamais manifestés.

Un jour on aperçut, à le fenêtre d'un appartement voisin, au delà d'un grand mur, une très jeune boniche qui nous faisait des signes. Un commando des nôtres fit une expédition. Je n'ai jamais su ce qui s'était passé ce jour là, rien sans doute; mais quelques mois après, la mère de la gamine vint nous trouver avec sa fille, nous accusant de l'avoir mise enceinte. Mes camarades se sont toujours défendus d'y être pour rien et je ne suis pas loin de les croire parce que, pendant que sa mère Parlait, elle riait en dessous. Elle devait coucher avec beaucoup d'autres mâles du quartier et ignorait elle-même à qui attribuer son fruit. Il dû finir a l'assistance publique, ou plutôt y commencer sa chienne de vie.

Un autre jour, un de nos camarades apporta à l'atelier une vieille pendule, un "cartel" détraqué, qui sonnait sans discontinuer dans les tons graves. Ce bruit devint bientôt insupportable, alors le seau à charbon nous fournit des munitions à l'aide desquelles le "cartel" fut bombardé â coup de boulets: le propriétaire de la pendule défendait d'approcher et nous ne voulions pas engager une bataille sérieuse. Il fallut longtemps pour démolir la pendule, mais tout arrive et tout cesse.

On peut constater par ces quelques exemples, que l'esprit d'Atelier n'est pas toujours très spirituel, il n'en a pas moins laissé son empreinte sur moi et mes ouvrages s'en ressentent.

Autre plaisanterie qui était courante dans mon atelier. Il y avait deux cousins appelés Graverau, quand on demandait l'un d'eux, il y avait toujours quelqu'un pour poser la question: "Graverau, mais lequel Graverau, Graverau l'idiot ou l'autre ?" L'un des deux e été prix de Rome; mais lequel ?


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