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XLI

Revenons à Canet, justement au début de l'aventure du Cinéma en relief. Il m'arriva une autre aventure digne d'être contée et d'un autre genre. Un matin où nous avions besoin d'argent, c'est à dire un matin comme les autres, on a toujours besoin d'argent, je reçus un mandat de 25.000 F, somme importante pour l'époque, sans autre indication. Ce mandat venait du Cameroun où je ne connaissais personne. L'argent n'ayant pas d'odeur, j'encaissai la somme imperturbablement.

Le lendemain, je reçus une lettre d'explication de l'expéditeur du mandat, c'était la troisième réponse à ma demande de capitaux des Sables d'Olonne. Voici à peu près ce que me disait l'expéditeur du mandat: " Monsieur, je n'ai pas l'honneur d'être connu de vous, mais je désire faire votre connaissance, ayant l'intention de faire des affaires avec vous un jour, J'aurais pu vous envoyer ma carte de visite, j'ai trouvé plus courtois de vous envoyer 25.000 F, je vous en enverrai d'autre". On ne saurait être plus poli, voilà mon opinion. Avis à tous, présents et à venir, envoyez-moi de l'argent et vous deviendrez aussitôt mes amis.

Je reçus de cet homme aimable, en plusieurs expéditions, la somme totale de 110.000 F. Il s'agissait d'un original. Il y a des gens qui détestent les originaux, moi je les aime, surtout quand leur originalité consiste à en-voyer des mandats gratuits. Inutile de vous dire que je trouvai facilement l'usage de l'argent.

Bien plus et bien mieux, la personne en question se montra épistolier de talent et nous échangeâmes, pendant plusieurs années, une nombreuse correspondance, dans laquelle il me décrivait sa vie "originale" dans les jungles du Cameroun. J'en fus charmé. J'ai conservé toutes les lettres qui constituent des documents inestimables. Un de ces jours j'en ferai un livre que j'édite-rai.

Il revint en France et vint me voir à Canet, mais autant ma personnalité lui avait plu dans mes lettres, autant elle dut lui déplaire quand il me vit au naturel. En effet, à partir de notre premier contact direct, il m'évita de plus en plus et finit par cesser toute correspondance. Aujourd'hui, je l'ai perdu de vue. C'était a l'époque où j'encaissais des millions et je lui remboursai ses mandats, je n'en étais plus à cent mille francs près. J'ignore aujourd'hui jusqu'à son adresse.

Peut-être trouverez-vous cette aventure plate et sans intérêt, moi je la trouve pittoresque et pleine d'imprévu, chacun son goût.


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