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XL

Le plus grand travail que j'ai fait à Canet eut comme résultat un échec cuisant. Un échec qui fit beaucoup de bruit et au sujet duquel beaucoup d'erreurs ont été imprimées. Je n'en suis pas fier du tout. Je veux parler de mon dernier travail sur le cinéma en relief. La théorie est très difficile à comprendre, et comme elle a, en fin de travail, montré qu'elle avait été mal établie, je ne la rapporterai pas dans ce livre. Elle a d'ailleurs paru un peu par-tout, y compris à "Olivod".

A la différence de mes premiers essais sur le cinéma en relief, j'avais cette fois grande confiance dans le procédé que je croyais d'abord très bon. J'ai lieu de craindre à la lumière de tous mes essais que le problème du cinéma en relief sans lunettes est un problème impossible à résoudre et je le croirai sans doute jusqu'à ma mort, ou, bien entendu, jusqu'au jour où quel-qu'un d'autre le résoudra si cela arrive malgré tout. Beaucoup d'autres que moi ont cru avoir résolu le problème et en ont approché la solution; il manquait a eux comme à moi quelque chose pour que leur réussite soit complète.

Je raconterai seulement l'histoire de mes essais. Un gros écueil de ce genre de recherche, c'est que des essais à petite échelle ne prouvent rien. Il fallait donc construire un grand écran avec tous ses accessoires, ce qui demandait beaucoup d'argent. Je publiai une petite annonce dans "Photo-Revue" demandant des participants financiers pour la création d'une société d'étude.

Je spécifiais dans cette annonce, oui ne parut qu'une fois, et que la revue ne me fit pas payer, qu'il s'agissait de recherches très aléatoires, une espèce de billet de loterie, ces trois derniers mots étaient imprimés en toutes lettres; comme on le voit je n'ai jamais pris personne en traître et c'est bien ainsi qu'on l'a compris. A la suite de mon échec, je n'ai eu aucun reproche de personne.

Je récoltai de nombreuses réponses et souscriptions, et, d'autre part, mon ami Larivière qui croyait en moi, il avait tort, m'amena des participants. Je fondai donc ma société d'étude au capital de 750.000 F entièrement versés. Ils furent entièrement dépensés pour la construction du matériel : un écran, formé de miroirs concaves, polis par la maison Saint Gobain, et soutenus par une charpente en fer de ma façon avec l'aide d'un soudeur de Canet. D'autres accessoires furent construits laborieusement. Tout cela fonctionna parfaitement et démontra superbement que mon écran qui mesurait 3,50 x 2,50 était affecté d'un astigmatisme intolérable et ne pouvait donner satisfaction qu'a un trop petit nombre de spectateurs. Vous qui me lisez et êtes peut-être meilleur opticien que moi, peut-être direz vous que vous l'auriez deviné avant même de commencer l'expérience. Moi je prétends qu'aucun calcul n'était possible avec une certitude suffisante et que le seul moyen était de faire l'expérience, réussir ou échouer. L'enjeu était d'ailleurs assez important et le risque valait la peine d'être pris. J'ai échoué, malgré des combinaisons inventées en cours de travail. Les miroirs sont maintenant dans des caisses attendant une problématique utilisation comme miroir solaire. Quant à la charpente, elle rouille démontée dans une remise. Ainsi va la vie: on réussit certaines expériences, on rate les autres. On en rate plus qu'on n'en réussit. Mais observez ceci. Si vous savez vous montrer prudent et ne prenez que des risques limités, le bilan, en définitif, sera toujours largement positif.

"Audentes, fortuna juvat". Ce qui veut dire : La fortune sourit aux oseurs, est vrai seulement pourvu que l'audace soit mesurée et que le but en vaille la peine. Je n'ai jamais cherché à atteindre la lune, ce qui est un projet pour les fous.

A Montpellier, quand j'y fus installé, je construisis un autre écran plus modeste, grand comme un écran de télévision. Cette fois le stigmatisme était suffisant pour un public de dix a douze personnes ce qui déjà aurait été un succès. Il y eut là aussi échec, mais pour une toute autre raison que la première fois. Le réglage de l'instrument était si difficile qu'il aurait été trop coûteux. D'autre part ce réglage, une fois réalisé, ne tenait pas en place. Le réglage une fois terminé, il fallait le recommencer aussitôt. Je dûs abandonner.


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