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XII

Un certain jour, nous faisions l'exercice dans la cour du quartier, comme tous les jours, je commandais, ou plutôt supervisais, en fumant ma pipe, trois sections de vingt hommes chacune. Je vois arriver de très loin, deux hommes montés sur de très beaux chevaux. En tête un officier sans galons, suivi d'un jeune soldat en uniforme très soigné mais très réglementaire.

Je flaire aussitôt un danger. Je commande "rassemblement". Je mets mes hommes au pas gymnastique, objectif "derrière les cuisines". Une fois tout le monde caché, d'un coin de mur, j'observe la situation. Les deux cavaliers prennent contact avec les sous officiers présents qui faisaient manoeuvrer leurs sections. Il y a "présentez armes" général. Je n'en demande pas plus et je conduis ma troupe dans un réfectoire où je demande a un caporal de se mettre a lire la théorie. Pendant ce temps je retourne voir ce qui se passe. Je vois le capitaine qui sort échevelé de la caserne et qui se met au garde à vous sans képi devant l'officier a cheval.

C'est seulement une heure plus tard que j'eus l'explication de tout cela. Il s'agissait d'une visite impromptu du général commandant le corps d'Armée. Il n'avait pas les feuilles de chêne a son képi parce qu'il arrivait d'une lointaine colonie et avait encore sa tenue de campagne, il portait seulement trois étoiles.

Manquement à la discipline: un officier doit toujours assister aux exercices, il n'y en avait pas, il n'y en avait jamais. Quand un officier général se présente, le gradé le plus élevé doit faire présenter les armes et se précipiter, seulement ensuite, pour rendre compte au général de la manoeuvre en cours. Aucun de nos sous officiers ne savait cela, moi pas plus qu'eux.

Comme suite connue de cette petite affaire, il y eut seulement ceci : Je fus nommé chef du peloton des élèves caporaux, j'avais été le seul a ne commettre aucune faute.

Moralité -- Messieurs les officiers généraux, faites toujours prévenir de votre visite quand vous ferez une visite impromptu, pour un général, prendre les officiers en faute devant les hommes ne vaut rien pour la discipline.


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