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L' ENSEIGNEMENT et sa REFORME

Cet article contient des idées dont le principe me parait bon. Mais je n'ai ni le loisir ni la compétence nécessaires pour mettre ces idées au point. C'est pourquoi je me borne a recopier un brouillon en lui laissant sa forme chaotique.

Notre système d'enseignement date des collèges des Jésuites fondés à la fin du XVI ème siècle. Les versions latines, laborieusement sélectionnées pour le petit Descartes et ses camarades au collège de La Flèche, sont toujours les mêmes que traduisent nos lycéens d'aujourd'hui. Les jésuites enseignaient le latin parce qu'ils ne savaient pas autre chose et nullement parce que cette langue possède une vertu enseignante particulière. D'ailleurs ce latin n'est pas du latin. Les Romains ne connaissaient pas la virgule; leur langue est totalement déformée par le nombre gigantesque de virgules que les jésuites y ont introduites, pas toujours à l'endroit où il aurait fallu les mettre. Quant à la morale qu'on apprend en traduisant ces versions elle sent très mauvais, les Romains ne vivaient nullement d'une façon édifiante. Ce ne sont que massacres et crimes de tout genre, incestes et autres joyeusetés de même farine.

En plus du latin dans les collèges jésuites, on enseignait la réthorique, technique de l'éloquence (ne pas confondre avec la littérature) art dans lequel les jésuites ont toujours été d'excellents maîtres. A part cela les jésuites, ne sachant rien ne pouvaient rien enseigner. Tout de même, les élèves qui le demandaient pouvaient apprendre les langues étrangères, quelques jésuites avaient beaucoup voyagé. Des répétiteurs venus de l'extérieur enseignaient aussi quelques rudiments d'arithmétique qu'on connaissait à peine à l'époque et les éléments d'Euclide.

Les jésuites ne voulaient à aucun prix enseigner l'histoire qu'ils considéraient a juste titre comme démoralisante. L'histoire sainte était considérée elle même avec méfiance à part le catéchisme.

Aucune sanction ne terminait les études, aucun bachot sinon une bénédiction.

A cet enseignement, qui, comme on le voit, était très limité, les jésuite joignirent, au cours du XVII ème siècle quelques études plus mondaines parce qu'ils s'étaient rendu compte que leurs élèves, qui étaient tous de jeunes nobles. paraissaient tout de même trop sots dans les jardins de Versailles. On se résolut, après beaucoup d'hésitation, à enseigner des rudiments de mythologie. et à faire lire les grands classiques français quand ils avaient rapport avec l'histoire sainte.

Les études étaient terminées à l'âge de 16 ans, à moins de vocation ecclésiastique. Descartes termina ainsi ses études et devint officier de carrière, qui était la profession normale d'un jeune gentilhomme de petite famille. Cette durée d'étude qu'on considérerait à l'heure actuelle comme scandaleusement écourtée, ne parait pas avoir entravé le développement intellectuel du jeune Descartes; elle parait même avoir été singulièrement bénéfique. C'est qu'à l'âge de 16 ans (âge mental), tous les psychotechniciens vous le diront, un homme est fait. Si on a réussi à cet âge, à lui donner le goût du travail efficace, il continuera à travailler efficacement toute sa vie. Si, au contraire, l'entre-prise a échoué, elle n'a plus aucune chance de réussir.

Vous pouvez conclure ce que vous voudrez de ce que je viens d'écrire. Moi j'en tire l'enseignement suivant.

Un examen très approfondi auquel seraient soumis les enfanta à l'âge de 16 ans très environ, aurait un intérêt de renseignement pour les tiers et autoriserait une classification des individus,ce qui permettrait de les aider a se diriger dans la vie. Je ne parle pas, bien entendu, d'un examen analogue a notre bachot, qui est une dérision, mais d'une étude longue et approfondie de chaque individu . Mais cet examen ne doit en rien faire figure de sanction, simplement une constatation. Cet examen doit être le dernier, aucun autre examen ni aucun concours, passé la 16 ème année, n'a plus aucun sens. Un fruit sec est déjà fruit sec à seize ans, un grand génie est déjà grand génie, rien n'y changera rien.

La suite de l'enseignement doit consister a mettre à la disposition de tous et de chacun les possibilités d'apprendre et cela avec les loisirs utiles pour le faire et dans la plus entière liberté; ceux qui voudront en profiter le feront sans que rien ne les y oblige, les autres feront de leur coté ce qu'ils pourront faire, sans doute peu de chose, mais les nécessités de la vie les obligeront bien assez à accomplir les tâches obscures auxquelles ils sont destinés.

Quant au jugement à porter sur les hommes en fin d'étude, je veux dire le jour ou eux-mêmes auront décidé d'entreprendre une carrière, on le fera sur la valeur des tâches accomplies déjà dans leur laboratoire d'étude ou leur atelier Il y a déjà le "salut par des oeuvres", il y aurait le choix suivant les oeuvres

Mais il y a autre chose que je dois dire pour me faire bien comprendre. Il n'est pas question dans mon esprit d'entretenir les jeunes hommes a partir de 16 ans, et pour le reste de leur vie, à titre d'étudiant perpétuel. Chacun devra travailler utilement, ceux qui s'estimeront incapables de continuer des études travailleront à plein temps, les autres disposeront des loisirs utiles pour continuer leurs études, mais seulement pour une part de leur temps, le reste de ce temps, la part la plus importante de ce temps, sera employé dans l'exercice d'un métier utile, ce qui leur permettra de vivre honorablement mais surtout de rester les pieds sur la terre en contact permanent avec la réalité de tout le monde.

La caste des enseignants telle qu'elle a fonctionné depuis les jésuites et telle qu'elle fonctionne encore, n'a jamais pris conscience du travail qu'elle avait à faire. I1 aurait fallu adapter le genre d'enseignement aux besoins de l'époque à chaque changement d'époque ; or l'enseignement en est toujours au même point ; je veux dire que les bases n'ont jamais changé, pour la même raison que les routes d'aujourd'hui suivent toujours le tracé des sentiers de chèvres du néolithique, parce que personne n'a jamais eu la volonté de bouleverser un peu les habitudes au nom de la raison.

On a d'abord copié exactement les jésuites pendant un siècle et demi, en-suite on a ajouté. On a ajouté beaucoup, on a ajouté d'abord l'arithmétique à une mauvaise époque de l'arithmétique, où on la connaissait encore très mal, cela a donné les programmes de l'enseignement primaire actuel, qui sont à réformer de fond en comble: la règle de trois est une monstruosité, etc. On a ajouté l'enseignement de la grammaire qui est une monstruosité aussi. La grammaire, intéressante pour le programme de l'agrégation, ne vaut rien pour l'enseignement primaire, elle a fixé la langue dans une forme qui fait rigoler le monde entier. Cet enseignement est à supprimer totalement. Laissez la langue évoluer d'elle même, elle évoluera lentement mais bien. De quoi vous mêlez vous messieurs les instituteurs et professeurs du secondaire ?

On a ajouté l'enseignement de l'histoire, dont les jésuites ne voulaient pas, aussi à une mauvaise époque de l'histoire, à une époque où on ne connaissait que les dates des grandes batailles. Seule l'histoire des civilisations présente un intérêt pédagogique. Tout le monde le sait maintenant, ce qui n'empêche pas de toujours seriner les mêmes âneries. Les mauvaises traditions ont la vie dure.

Enfin on a enseigné la physique et les mathématiques, tout cela par dessus tout le reste. Tout de même,on s'est aperçu un jour que cet ajout était contradictoire avec le reste. Maintenant on sépare le latin des sciences dites exactes. La moitié des élèves restent en somme chez les jésuites, à l'autre moitié on administre les sciences, les Sciences avec un grand S, c'est à dire ce qu'en connaissent nos scolastiques actuels.

Un petit mélange subsiste sur certains points. Aux littéraires on enseigne un peu de mathématiques. Ils détestent çà et se dépêchent de tout oublier à la première occasion. Aux scientifiques on enseigne toujours les grands classiques français qu'ils vomissent. Par dessus cet enseignement, on trouve deux langues vivantes, ce qui est trois fois trop.

On voit aussitôt que c'est le désordre total, irrémissible. Nos jeunes français, qui, pour la plupart, n'ont pas l'esprit aussi vaste que le jeune Descartes, il s'en faut de beaucoup, tirés à hue et à dia, se défendent comme ils peuvent mais toujours sans grand succès. Certains, les plus courageux,ceux dont on aurait pu faire quelque chose, se tuent au travail, mais n'aboutissent qu'à une stérilisation définitive, ce seront des fruits secs ? Les autres s'en foutent (au sens étymologique du mot) et deviennent bêtes.

Le système actuel impose une telle somme de travail intellectuel que les enfants n'ont même pas le temps de jouer, encore moins de pratiquer les sports. Ils se réfugient dans la masturbation, qui n'épargne pas toujours les filles, pour dépenser le surplus de leur activité physique inemployée. Drôle de soupape de sûreté.

Que faut-il faire ? Que faudrait-il faire ? Que faudrait-il faire qu'on ne fera pas ? Au lieu de toujours triturer, allonger ou raccourcir, le programme des collèges jésuites, il faudrait reprendre tout à partir de zéro, à la lumière des truismes suivants.

1° Exclure de l'enseignement de mémoire tout ce qu'on sait parfaitement devoir s'effacer de l'esprit des enfants lorsqu'ils seront devenue des hommes.

2° Remplacer la culture archaïque, actuellement basée sur l'étude des langues moires, par une autre culture générale prenant elle aussi sa source dans l'antiquité mais construite sur l'histoire des sciences et celle de notre civilisation technique.

3° Enfin il faudrait supprimer totalement l'enseignement des Beaux-Arts (et la littérature est un des Beaux Arts). Les Arts s'apprennent et il faut même une énorme quantité de travail pour arriver à y devenir expert, mais ces arts ne s'enseignent pas. On voit la nuance; apprendre et enseigner sont deux mots qui n'ont pas le même sens. Le seul enseignement légitime et efficace est celui de la technologie (pour les très jeunes), de la technique (pour les moins jeunes) et de la science (pour les plus âgés), l'un préparant merveilleusement au suivant.

Tout ce que je viens d'écrire à déjà été dit et redit et écrit par beaucoup d'autres gens que moi, et n'a servi à rien. L'écrire à nouveau ici n'ébranlera pas le monolithisme de la caste des enseignants qui commande en cette affaire, quel que soit le gouvernement, et personne ne bougera. Ce n'en est pas moins la raison même.

Je refais le point en d'autres mots.

1° Enseignement maternel. L'enseignement actuel est certainement très imparfait, mais il est justiciable d'une science entièrement à créer, je ne sais même pas si elle a un nom, c'est celle de la psychologie de la première enfance. Les pauvres bougresses qui sont chargées actuellement de cet enseignement maternel font certainement tout ce qu'elles peuvent pour le mener a bien, mais, sans soutien scientifique, elles ne peuvent que faire preuve de bonne volonté et c'est peu.

Au sortir de cette première enfance, il y aura lieu de faire un examen psychotechnique des enfants pour éliminer les débiles mentaux qui seront pris en charge par des services spéciaux. On en fera ce qu'on en pourra faire.

2° Jusqu'à 10 ans. Enseignement primaire. J'ai déjà dit ce que j'avais à. en dire. Il sera suivi d'un nouvel examen psychotechnique qui fera trois classes.

A-Les débiles mentaux qui auraient franchi par erreur le premier barrage.

B-Les enfants incapables d'aller plus loin. Comme on les aura instruits tout de même en leur donnant quelques culture par le conte de fée et l'anecdote historique, et comme on leur aura fait faire beaucoup de bricolage technologique, ils seront bien préparés pour entrer en apprentissage. Ils sauront lire, écrire et compter et on aura évité de les ennuyer par un bagage arithmétique stupide comme on le fait actuellement. Il y aura lieu de bien les orienter. On trouvera parmi eux beaucoup de dyslexiques, il y a les dyslexiques aux lignes, les dyslexiques aux mots, les dyslexiques aux chiffres, etc, etc. Chacun sera dirigé vers un métier différent suivant ses aptitudes.

C-Les enfants jugés dignes de continuer leurs études. Ils seront, eux aussi, dirigés vers des études différentes suivant leurs aptitudes.

3° Jusqu'à 16 ans; enseignement secondaire.

Culture = Histoire des sciences et des techniques dans le cadre de l'histoire générale des civilisations. Cours, autant que possible anecdotiques.

Enseignement de mémoire. Technique exclusivement. Aussi varié que possible et enseigné "à l'établi". Cependant il faudra compléter cet enseignement pratique par l'enseignement de systèmes scientifiques. Il en existe beaucoup qui sont connus et dont la plupart sont des chef d'oeuvre. Si respectueux que je sois des chefs d'oeuvre des anciens, je suis obligé de dire que tous ces vieux systèmes sont périmés et qu'il est indispensable qu'ils soient révisés et rajeunis. Exemples l'optique géométrique date de Képler, on a découvert la diffraction depuis Képler.

Aucun enseignement des Beaux Arts, la littérature faisant partie des Beaux Arts. Mais il existe une technologie des Beaux Arts qui sera, bien entendu, enseignée.

Examen de fin d'étude à 16 ans, le bachot, pour l'appeler par son nom. Il devra être très différent de l'examen actuel. Une étude très approfondie de chaque individu sera indispensable. On ne manquera pas de personnel pour faire ce travail: on aura recyclé les très nombreux professeurs que mon système d'enseignement va libérer entièrement. Mon intention n'est pas de les tuer, même pas de les interner dans des asiles de fous; au moins pas tous.

Comme je l'ai déjà dit, cet examen ne sera pas un examen sanction. Tous les jeunes gens qui auront passé cet examen seront placés sur le même plan pour l'enseignement supérieur.

Ils seront tous mis au travail dans les professions qui leur conviendront et pour un ouvrage qu'ils seront capables de faire. Mais on leur réservera des loisirs suffisants pour qu'ils soient à même de suivre un enseignement supérieur si ils s'en sentent capables et dans les limites où ils s'en sentent capables. Chacun suit les cours qu'il veut suivre, chacun fait les recherches qu'il veut faire. L'outillage est à tout le monde.

Mais, a aucun moment, le contact ne sera rompu entre nos étudiants et la réalité qui les entoure. Ce contact sera réalisé par la pratique d'un métier.

Suppression totale d'examens sanctions dans cet enseignement supérieur sans limite d'âge, que je souhaite. L'administration, qui d'ailleurs, ne devra plus constituer une caste fermée, propriétaire de monopoles, voudra bien pêcher ses bons sujets dans le même sac que l'initiative privée et sur les mêmes bases des résultats constatés.


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