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IX

A l'arrivée au corps, je constatai que le bataillon venait d'être formé. Il y avait deux classes sous les armes : les soldats de la classe 18, excellentes troupes, beaux sous-officiers tous ayant fait la guerre dans les ballons ; les soldats de la classe 19, recrutée dans les autres armes : on avait demandé un peu partout d'envoyer des hommes et, bien entendu, on avait envoyé tout ce dont on voulait se débarrasser, le résultat était un ramassis de fripouilles diverses, enfin le nouveau contingent dont je faisais partie; il ne valait guère mieux. j'ai J'ai déjà dit que la maladie me débarrassa de tout cela pour quelque temps.

A mon retour, avant mon entrée au peloton, on m'employa comme téléphoniste à la salle de service, là je fis une découverte déconcertante. La seule liste à jour des soldats du bataillon était constituée par un grand tableau avec des étiquettes mobiles. Il y avait quatre ou cinq parties à ce tableau.

1 - les soldats présents,

2 - les soldats malades à l'hopital1,

3- les soldats en permission,

4 - les soldats détachés dans différents services et indisponibles (gardes lointaines -.magasins - ordonnances d'officiers, etc, etc.).

Ce tableau était très beau, très bien décoré avec des drapeaux tricolores, mais sa particularité la plus remarquable n'était pas là; c'est qu'il était à la disposition de tout le monde. I1 suffisait de pénétrer dans la salle de service qui était ouverte à tout vent et d'enlever son nom du tableau pour pouvoir disparaître impunément jusqu'à sa démobilisation. Je n'ai jamais utilisé cette possibilité, j'avais bien trop peur du conseil de guerre, mais je sais qu'un bon nombre de mes camarades, au moins de la classe 18, ont pu ainsi rentrer tout simplement chez eux.

Au moment du départ de la classe 18, j'ai vu beaucoup de figures nouvelles dans la cour. Ce micmac n'a pu se produire, bien entendu qu'avec la la complicité de sous officiers amis.

Après le départ de la classe 18, le tableau resta en place mais il ne servit plus à rien, jamais personne ne le mettait plus à jour, d'autres listes furent établies au bureau du chef, liste que personne ne pouvait plus manipuler, en principe. Mais ces listes étaient elles plus exactes, je l'ignore, ce que je sais c'est que, un jour, un capitaine arrive au moment de l'appel du matin (il avait dû tomber du lit). Ce jour là j'étais sergent de semaine et c'est moi qui faisais l'appel. Ma façon ordinaire d'opérer était très simple, je prenais en main la liste communiquée par le chef ; c'est ainsi qu'on appelait le sergent major, chef du bureau de l'effectif, j'appelais le nom de chaque homme, on me répondait présent et tout était dit, je n'allais pas chercher plus loin, je ne voulais pas d'histoires.

Le capitaine, cette fois, voulut faire l'appel lui-même et il fit l'appel à sa façon. Il appelait chaque homme et le faisait alors passer derrière lui, il en appelait un autre et ainsi de suite. De cette façon il n'y avait aucun moyen de tricher. Il y eut quelques manquants, mais aussi, oh surprise, pas mal de monde en excès. Le capitaine, à la suite de cette belle opération se rendit du bureau du sergent major. Je n'ai plus entendu parler de rien, mais le chef fut nommé adjudant. D'autre part aucun homme ne fut puni. Libre à vous si vous y tenez, de vous livrer au petit jeu des hypothèses.

On me donna une nouvelle liste pour l'appel à l'aide de la quelle je continuai à opérer de la même façon.


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