A propos de la littérature britannique, il me faut parler du roman policier qui est sa grande gloire. C'est à Canet que nous en avons lu le plus, ma femme et moi, à peu près un par jour, au moins. Il en était grande mode, la télévision leur a porté un coup mortel depuis. Nous en achetions beaucoup et nous étions aussi abonnés chez un loueur de livres, nous en avons lu d'origine anglaise mais nous préférions beaucoup les livres américains: les romans policiers français ne valent rien, sauf exception insigne, Simenon par exemple. I1 ne faut chercher dans ces livres d'origine américaine aucune prétention a la "littérature", dans le sens que donnent à ce mot nos snobs et nos esthètes qui ne sont que des imbéciles a mon humble avis. C'est justement ce manque de prétention qui fait toute la valeur de ces livres. "Qui veut faire l'ange, fait la bête", on ne le répétera jamais assez. D'ailleurs il n'y a pas que de bons romans américains, il s'en faut de beaucoup. De ceux que j'ai achetés j'ai fait six tas: O = nul, 1 = très mauvais; 2 = mauvais, 3 = passable, 4 = bon, 5 = très bon, 6=excellent.
Noter de zéro à six est tout ce que l'esprit humain peut faire. La notation sur 20 des lycées, avec en plus les 1/2 points, est d'une prétention insupportable.
Des sept tas, j'ai extrait les zéros que j'ai mis dans un sac et j'en ai fait cadeau aux hôpitaux (beau cadeau ma fois), j'ai gardé le reste. Après quelques années j'ai tout oublié et je relis. Il y en a un bon nombre classés dans les excellents et plus que dignes des meilleurs auteurs français d'autre fois. La traduction de tous, même les mauvais, est très bonne.
Les romans policiers américains sont, en eux-mêmes, un signe certain de l'état d'esprit de ce pays où la violence est monnaie courante. Les ancêtres forbans ne sont pas loin . Les romans policiers français emboîtent le pas, mais ils dépassent le but au point que les auteurs ne font que se rendre ridicules. Tout le monde sait bien que seule la lie de la population ici pratique le meurtre comme solution valable aux problèmes de l'existence. Cette lie est nombreuse certainement, mais c'est tout de même la lie. Tandis qu'aux U.S.A. le meurtre est tout aussi bien un sport de riche que de pauvres. Autres lieux, autres moeurs.
Maintenant j'ai encore autre chose à dire sur les romans policiers et mon opinion va étonner beaucoup de gens.
Qu'est-ce qui fait l'intérêt des romans policiers, sur quel critérium faut il les juger ? On s'est souvent posé la question et toutes les réponses qu'on a données jusqu'ici,-sont, à mon avis erronées. Je juge les romans policiers exactement de la même façon que je juge n'importe quel roman.
Il y a l'originalité et le généralité des idées qui y sont exprimées a côté de l'histoire proprement dite.
Il y a la qualité des "caractères".
Il y a la valeur de l'intrigue, bien ou mal inventée et l'habileté de la chute finale.
Enfin il, y a le style et ici la valeur du traducteur est d'une très grande importance. Or, si les français sont de très mauvais écrivains quand ils écrivent des oeuvres originales, ils sont de parfaits traducteurs.
Tous les romans policiers comportent un crime de sang, comme d'ailleurs tous les romans américains, qu'ils soient policiers ou non. C'est ce qui en fait une bonne caractéristique de la civilisation (?) américaine. Mais ce crime est plus conventionnel que sanglant, c'est un crime sur papier et ce papier n'a pas la couleur du sang (on n'imprime pas encore sur papier rouge) Le crime authentique serait affreux, le crime romancé n'est qu'un jeu, un jeu malsain.