Ce genre de viseur est totalement périmé, les avions de chasse avancent désormais beaucoup trop vite pour qu'une distance de 200 m soit à considérer. Mais, au début de la guerre de 39 les avions de chasse opéraient à la mitrailleuse et sur des buts souvent plus proches que cent et même cinquante mètres. Le viseur classique à cette époque était construit comme ceci.

Un collimateur surmonté d'une glace à 45° était placé devant le pilote. Ce collimateur formait à l'infini l'image d'une croix qui définissait l'axe de visée. Tout objet placé sur l'image de la croix se trouvait dans l'axe de l'avion et sur la ligne de tir des mitrailleuses ou à peu près. Ce serait vrai si la trajectoire des balles était une droite. Ce n'est pas une droite mais une parabole. Ce n'est pas une croix que le pilote devrait voir mais une ligne de foi de la même forme que le trajectoire. Rien de plus facile : au lieu d'un seul collimateur assez grand pour couvrir les deux yeux et de ce fait difficile à construire, il faut placer deux collimateurs plus petits, un par oeil donnant chacun l'image d'une parabole pointillée, une par oeil. Mais ces deux images seraient tracées de telle sorte que le conjugaison stéréoscopique de ces deux courbes reconstitue l'image à trois dimensions dans l'espace de la parabole exacte de la trajectoire.
Ayant été envoyé en stage à Cazeau un peu avant mon départ pour la zone des armées, je me rendis au siège de l'armement de l'aviation qui se trouvait là, muni de lettres de recommandation de Cotton. Ces lettres étaient élogieuses à un tel point, avec une telle dose d'exagération que je me ferais couper la tête plutôt que de les publier. Cotton savait à quoi s'en tenir mais pensait qu'il fallait bien çà pour décider des militaires. Je fus reçu avec tous les honneurs de la guerre par un colonel et un lieutenant colonel qui se prirent presque aux cheveux, l'un pariant pour mon idée l'autre contre. Ni l'un ni l'autre n'y connaissait rien.
Comme résultat j'obtins une lettre pour le général en chef de l'aviation et un ordre de service pour Paris. Je remis la lettre au général qui transmit le dossier à qui de droit, qui l'égara bien entendu avec tout le dossier.
A la fin de la guerre j'appris par hasard que la même invention avait été faite par l'armée américaine et avait très bien fonctionné .