
A l'heure qu'il est, les auteurs de petites inventions ne doivent conserver aucun espoir de tirer un bénéfice quelconque de leur travail; le mieux pour eux est de publier purement et simplement le résultat de leurs recherches dans le but d'en tirer au moins un bénéfice moral plutôt que d'y chercher vainement un profit pécuniaire.
C'est dans cet esprit que nous livrons la primeur d'un jouet nouveau aux lecteurs de La Nature souhaitant que l'un d'eux puisse tirer de son exploitation un bénéfice que nous avens renonce à y trouver nous-même.

Les photographies et l'épure qui illustrent cet article font assez voir quel est le principe de cette petite machine automobile.
Formée d'un corps creux dans lequel circule une boule de plomb ou de fonte, elle est portée par deux systèmes de pattes réunis entre eux par une courroie croisée passant sur deux poulie;. Lorsque 1'on pose la machine sur une surface plane présentant une déclivité, le contrepoids roule sur la surface intérieure du corps creux suivant une courbe bien déterminée et le jouet entier se déplace en décrivant des cabrioles du plus gracieux effet.
La construction du petit objet dont nous donnons les photographies nous a demandé beaucoup de temps et de travail vue l'échelle que nous nous étions imposés pour aboutir à créer un jouet nouveau, il n'en serait pas de même dans le cas où on chercherait à construire la machine en grand.
Les théorèmes géométriques sur les figures semblables nous apprennent en effet que les volumes (et par conséquent les poids) augmentent comme le cube des longueurs. Pour obtenir les "moments mécaniques" nécessaires à la bonne marche nous n'aurions plus besoin alors que d'un contrepoids d'encombrement faible, ce qui nous permettrait de simplifier le corps creux et même de le remplacer par un simple rail.
Rien ne s'opposerait dans ces conditions à ce que l'on remplace le contrepoids par un moteur ni à ce qu'on fasse rouler des wagonnets sur un système de rails fixés aux pattes. On obtiendrait ainsi l'appareil de transport le plus baroque, peut-être, mais le seul capable de transporter des poids énormes sur des terrains sans consistance et cela avec un rendement comparable à celui d'une péniche.
Le grand obstacle à la construction rapide du transsaharien tient dans l'impossibilité de transporter à pied d'oeuvre les matériaux et les locomotives nécessaires. Voici peut-être l'outil demandé,. Je me hâte de dire que nous sommes ici en plein roman d'aventure à la Jules Vernes; mais qui sait ce que nous réserve l'avenir. Lucien Dodin.