Nous nous sommes présentés à la résidence de M. Crane A. Adenbuck, diplômé de la "Pensylvanian Social Science University " à 11 heures de matin le .... Nous nous sommes excusée de réveiller ce monsieur à une heure aussi matinale, mais il nous a expliqué que c'était là l'heure normale de son lever et qu'il était entièrement à notre disposition, de quoi nous l'avons remercié. Il a excusé l'absence de sa charmante épouse en déplacement dans sa famille.
Nues avons, alors pris place très confortablement sur un amas de bouquins après en avoir enlevé autant que possible ta poussière avec nos mouchoirs.
M. Adenbuck ayant eu l'obligeance de revêtir un pyjama pour ne pas froisser la pudeur de nos lectrices, nous avons pu prendre quelques photos. Nous avons alors montré à M. Adenbuck un télégramme de notre agence de Paris France, ainsi rédigé .
"Grand prix roman français attribué livre auteur DODIN stop met en cause étudiant Philadelphie inventeur théorie dite communiste libérale capitaliste stop grande émotion cercles politiques parisiens".
Nous avons dit alors â M. Adenbuck avoir appris par une enquête discrète dans les milieux universitaires que l'étudiant en question serait lui-même.
M. Adenbuck nous a répondu n'avoir jamais eu aucune relation avec le Dodin auteur du livre en question et être étonné qu'on lui ait attribué une invention aussi extraordinaire. Il nous a certifié n'avoir jamais fait une invention de sa vie et surtout pas aussi ridicule.
Demande -- Nous enregistrons votre déclaration. Mais vous êtes expert en sciences sociales. Pourriez-vous nous donner votre avis sur le télégramme que nous venons de vous montre ? Vous n'êtes pas l'inventeur de cette doctrine nouvelle, mais, peut-être en avez-vous entendu parler; peut-être savez-vous qui en est le véritable inventeur et que pensez-vous de cette théorie si vous la connaissez ?
Réponse : Je ne connais aucune théorie de ce genre et ignore tout de son inventeur. Mais le mot suffit à s'en faire une idée et nous pouvons avoir une conversation amicale à ce propos.
Le principe même me parait stupide, mais la stupidité d'une théorie sociale n'est pas en opposition avec sa mise en pratique. Je dirai même que toutes les théories sociales actuellement mises en pratique sont stupides au premier chef . Rien n'empêche en tout cas d'en bavarder.
D- Fort bien. Dites-nous donc comment vous imaginez que le communisme libéral pourrait être appliqué dans un pays comme les U.S.A. ?
R- Vous allez vite en besogne. Je ne suis pas auteur d'anticipation. Parlons d'une façon plus générale sans spécifier un pays d'une façon précise et restons sur le plan académique sans faire de personnalités.
Voici ce que je puis dire.
En théorie un état peut être absolument anarchique, chaque citoyen vivant sans aucune contrainte, c'est la démocratie absolue.
En théorie aussi, un état peut être absolument autoritaire chaque citoyen n'y pouvant agir autrement que suivant les directives d'un pouvoir central.
Bien entendu, aucune de ces deux formes d'organisation sociale n'est valable. L'une comme l'autre se détruirait d'elle-même dès la première minute de son existence.
Vous me suivez bien ?
D- Jusqu'ici rien de plus simple.
R- Ces deux formes de l'organisation sociale sont, en quelque sorte, les deux pôles extrêmes entre lesquels évoluent tous les groupements d'hommes. Tous s'accommodent d'une certaine dose d'anarchie libérale et d'une certaine dose d'autorité centrale. Les divergences d'opinion politique portent toutes sur le "dosage" de ces deux "produits" si je peux m'exprimer ainsi.
D- Bien d'accord.
R- Mais il existe aussi ce que j'appellerai les systèmes sociaux. Ce sont des espèces de mécanismes inventés au cours des siècles, dont les hommes constituent les pièces mobiles, ce sont des machines sociales.
D- Là nous ne vous suivons plus, donnez nous un exemple.
R- Eh bien, voyez le système de l'offre et de la demande.
D- Vu, mais développez un peu votre idée pour nos lecteurs. Vous pouvez même vous étendre longuement, notre journal a de nombreuses pages qu'il nous faut remplir et vos explications gagneront en clarté si elles ne sont pas trop concises.
R- Voici l'histoire de l'offre et de la demande qui nous conduit tout droit au système monétaire.
D'abord il y eut "le cadeau". On a dit que le plus ancien des modes d'échange du monde fut le troc ; c'est faux ! Le cadeau est plus ancien. Il faudrait être plus naïf que noue ne le sommes pour croire que tous les cadeaux sont gratuits. René offre à Jacques un beau rasoir électrique pour son anniversaire, mais il compte bien que pour Noël, Jacques lui offrira le stylo dont il a besoin pour remplacer son vieux Waterman qui fuit . Il s'agit d'un échange poli de marchandises.
Dans les vieilles histoires folkloriques, on voit de riches marchands débarquant dans un port de la mer Mé. Leur premier soin est de faire une visite au roi du pays, ils déposent à ses pieds de riches présents, étoffes de Perse, parfume d'Arabie, épices des Indes...
Si les riches marchands en question faisaient ainsi des présents gratuits à tous les rois qu'ils rencontrent au cours de leurs voyages, ils ne seraient bientôt plus des marchands riches.
Aussi le roi commence par les recevoir largement, leur faisant préparer des appartements avec salles de bain et meublés de belles esclaves.
Nous devons, bien entendu, faire ici la part de l'exagération orientale des chroniqueurs, il va sans dire que les splendides appartements étaient des pièces nues avec seulement quelques nattes sur le sol et les belles esclaves les prostituées du coin, non moins nues que les murs. Mais c'était là la mode de l'époque et les riches marchands, fort pouilleux eux-mêmes, s'en déclaraient satisfaits. On sacrifiait ensuite quelque bétail aux Dieux, façon de dire qu'on abattait de la viande et tout le monde banquetait.
Après quoi, un peu éméchés, ou fins saouls, on allait s'allonger sur les nattes. Le lendemain matin le roi faisait à son tour des cadeaux royaux aux marchands qui reprenaient la mer l'après midi si le vent était favorable.
Il n'y avait eu aucun troc, aucun échange d'argent ou de marchandise, seulement des cadeaux, et pourtant les marchands avaient fait leurs affaires exactement comme ils les font maintenant. Ils avaient apporté des épices etc. ; ils remportaient du bois de charpente, des olives, des dentelles... enfin l'équivalent, en marchandises du pays, de ce qu'ils avaient apporté en marchandises .étrangères. Le mot "équivalent" est exact au point de vue du roi, pour qui les marchandises étrangères étaient aussi rares et précieuses que celles qui pourrissaient dans ses greniers ; mais, pour les marchands, il y avait bénéfice et souvent gros bénéfice. I1 suffisait en effet que les marchandises du roi soient embarquées sur leurs navires et transportées dans un autre pays pour qu'elles prennent une nouvelle valeur.
Je pourrai m'étendre encore longtemps et vous expliquer comment, même en matière de cadeau,le marchandage existait déjà et qu'il y avait là les germes et tous les germes du système du troc qui fut inventé ensuite par des gens moins courtois que nos marchands et que notre roi; mais je voulais seulement vous donner un exemple de ce que j'appelle un système social.
Je disais donc que le troc fut inventé ensuite, mais je dois insister sur le fait trop oublié que l'invention d'un système social nouveau ne supprime pas nécessairement le système primitif. I1 ne s'y substitue qu'en partie et il arrive même souvent que l'apparition subite d'un système nouveau, loin de supprimer l'ancien, ne fait qu'en répandre encore bien plus l'usage. Ce n'est guère le cas pour nous en ce qui concerne le cadeau, le troc et le système monétaire qui n'est qu'une sorte de troc perfectionné. Ces derniers systèmes n'ont pas entièrement supprimé le cadeau qui est encore un bon procédé semi-commercial très employé chez les gens polis ; seul le grand commerce n'en fait plus usage. Pourtant il existe bien des exemples de la pérennité des vieux systèmes et des vieux outils.
Dans le domaine de la mécanique cette persistance des vieilles inventions est commune au point que c'est presque la règle. Voyez les chevaux. Au moment de l'invention de l'automobile on a beaucoup dit et imprimé que les chevaux allaient disparaître, or, s'il est bien vrai que l'usage de ceux-ci est désormais au n... ième plan comme moyen de transport, il n'en est pas moins vrai aussi que toutes les statistiques montrent qu'il existe, en ce moment sur la terre, beaucoup plus de chevaux en service qu'autrefois et de meilleure race, plus de deux fois plus qu'en 1900 époque ou le cheval était roi. Même dans les armées ils restent indispensables et on a pu dire que si les Russes avaient vaincu les Allemande pendant la dernière guerre, c'était à cause de leur cavalerie supérieure.
Mais je crains d'abuser de votre temps, vous n'êtes pas ici pour écouter uns conférence.
D- Bien au contraire, Adenbuck, nous sommes très intéressés, et sommes certains que vos paroles passionneront nos lecteurs. Continuez, nous vous en prions.
R- D'ailleurs j'arrive à la question.
La démocratie, telle que nous l'entendons, est un système social. le système capitaliste est un autre système social. Pourquoi donc l'invention du collectivisme qu'on prétend nouveau et qui n'est que le dernier proposé, devrait-il être substitué totalement et définitivement aux deux anciens systèmes ? Pourquoi faudrait-il écraser la démocratie qui nous a donné la joie de vivre pour instituer un état totalitaire; pourquoi faudrait-il supprimer le système capitaliste qui nous a donné le progrès moderne, pour le remplacer par le système communiste ?
Je professe que le mot de "remplacer" marque surtout la prétention à tout savoir de cuistres ignorants. Il est impossible, sauf exception tout à fait rare, de remplacer quoi que ce soit par quoi que ce soit de différent. Chaque système, chaque outil a sa fonction bien définie et la fonction de l'un ne peut être substituée immuablement à la fonction de l'autre, ce serait remplacer la hache par la scie. Avant l'invention de la scie on utilisait la hache pour des travaux pour lesquels elle n'était pas faite. Elle a laissé la place à la scie pour ces travaux, mais est restée indispensable pour les travaux " à la hache ".
J'ignore pour ma part si le communisme tel que l'entendent les Russes est tellement intéressant, n'en ayant jamais fait l'expérience ; mais, de la même façon que je réprouve la destruction des vieux outils. je me refuse à écarter à priori les nouveaux. Je demande avec insistance que, si l'on doit introduire ce communisme qu'on nous présente comme la voiture automobile des temps futurs, on veuille bien ne pas tuer tous les capitalistes...
Est-ce qu'on a interdit l'artisanat quand on a inventé la grande usine ? Heureusement non, parce que notre Amérique n'aurait jamais pu se relever d'une pareille interdiction.
D- Voilà bien la première foie que j'entends dire que le communisme peut et doit coexister avec le capitalisme dans l'intérieur d'une même nation. J'ai bien entendu dire, et trop entendu dire, que communisme et capitalisme pouvaient exister ensemble sur la terre, mais de cote et d'autre de la mare seulement.
R- Voilà qui m'étonne de votre part. Considérez que cette coexistence est déjà installée aux États-Unis .
D- Par Jupiter: Donnez moi un exemple.
R- Je regrette d'avoir à y faire allusion, mais il nous faudra bientôt nous séparer, il est midi, et vous aurez à faire usage de la voie publique dès que vous aurez passé la. porte, vous marcherez alors sur le territoire appartenant à la grande communauté dont nous faisons partie. Mon trottoir est balayé par des fonctionnaires et entretenu par les fonds publics, c'est une institution collective donc communiste dans tous les sens du terme.
D- J'entends bien, et c'est un argument bien souvent soulevé, mais il y a un monde entre nos administrations élues au scrutin libre et les soviets.
R- Un Monde ! Et c'est justement parce que le communisme pratiqué par les américains est un communisme libéral.
D- Ah, Nous respirons. C'est cela que vous appelez le communisme libéral. Mais vous n'avez rien inventé.
R- Minute papillon. Je vous ai déjà dit que je n'avais rien inventé. La question que voua avez soulevée avec votre télégramme appelle d'autres commentaires.
Il existe déjà un communisme administratif dans les pays comme le nôtre, il existe donc déjà un communisme libéral, mais le communisme capitaliste ou plutôt le capitalisme communiste n'existe pas encore. J'ignore s il existe en Rusais et j'en doute fort.
D'abord définissons succinctement mais exactement, ce qu'il faut entendre par "capitalisme". Le système monétaire tel que nous l'entendons ici, aboutit naturellement au capitalismes par le simple fait que les citoyens ont la faculté de mettre de coté une partie de leurs gains sous diverses formes : or, terres, usines etc. La possession de ces "valeurs" leur donne une puissance sociale et même jusqu'à un certain point une puissance politique qui leur permet d'étendre leur influence. Cette influence est employée ensuite par eux le plus souvent à gagner encore plus d'argent et encore plus de puissance, ainsi de suite jusqu'à la vieillesse et à la mort. Cette puissance passe ensuite, par le système de l'héritage, à leurs descendants.
Remarquons en passant que le système de l'héritage n'est pas du tout une conséquence directs obligatoire du capitalisme. Je n'en veux pour preuve que le fait que ce pouvoir d'héritage est réglementé et même singulièrement limité dans la totalité des paye capitalistes.
Les droits d'auteur ne sont plus perceptibles aux États Unis trente huit ans après leur création, les brevets n'est qu'une durée très limitée, encore faut il que l'inventeur paie très cher pour en obtenir. Il existe d'autres cas.
Mais revenons à l'exercice du capitalisme proprement dit. Il parait à tout le monde incompatible avec le communisme, au point qu'on oppose systématiquement les deux Systèmes. Mais cette façon de voir, pour commune qu'elle soit, n'est pas partagée par les experts. La seule chose qu'on puisse dire c'est que les pays qui pratiquent le communisme, ne veulent pas entendre parler du libre capitalisme. Ils tuent les chevaux pour exiger, au besoin par la force, qu'on monte dans leurs autobus, tellement ils sont fiers de ce qu'ils pensent avoir découvert et qui pourtant est vieux comme les rues.
D- Je vous suis bien jusqu'à un certain point. C'est à dire que je suis bien votre raisonnement, mais je ne vois pas et même je n'entrevois pas la possibilité pratique de l'application de vos idées.
R- Ce ne dont pas mes idées, ne l'oublions pas, ce sont de simples réflexions qui me sont suggérées par le télégramme que vous m'avez montré. Quand aux applications pratiques, le fait que vous n'en entrevoyez pas même la possibilité ne change rien à l'affaire. Je suis certain qu'avant, l'invention de la télégraphie sans fil voua n'entrevoyez pas même la possibilité de son existence et pourtant elle est devenue une réalité de tous les jours pour vous comme pour tout le monde.
Les applications pratique. ne souffrent aucune difficulté. Je pourrais m'arrêter sur cette affirmation en ajoutant seulement qu'il suffirait tout au plus de laisser les techniciens mettre au point les détails de cette application pratique. Ils sont capables de cela comme ils sont capables de mettre au point n'importe quelle invention mécanique pourvu que le principe en soit correct au point de vue mathématique. Malheureusement, en ce qui concerne les systèmes sociaux, on ne laisse jamais faire les techniciens, il faut toujours que leurs idées soient discutées par les gens qui n'y connaissent rien, triturées, démontées et remontées de travers. La difficulté n'est pas de trouver des gens capables, mais d'empêcher les incapables de mettre la main à la pâte.
Il faudra donc de toute façon démonter le mécanisme avant de le remonter pour en montrer les pièces à chacun au risque certain de les voir détruites par des mains inhabiles. Je pose en principe qu'avant qu'il soit possible de mettre la machine en route, il faudra la reconstruire bien des foie, encore sera-t-elle sabotée le jour de l'essai.
Le communisme pose en postulat que toutes les valeurs de patrimoine appartiennent à l'état : terre, mines, chemins de fer, inventions, découvertes, livres, etc. exactement comme tout appartenait au roi sous l'ancien régime en Europe au 17 ème siècle, mais, avec cette différence que, depuis l'instauration de la démocratie, l'individu est libre. L'état est donc propriétaire de toutes les valeurs qui sont susceptibles de rapporter de l'argent. Comment va-t-il administrer ses biens ? Il existe des biens tels qu'il peut les administrer à l'aide de sa puissante machine administrative. Par exemple l'administration actuelle exploite le monopole des postes eu nom de l'État. Mais il existe de nombreuses autres activités qu'une administration exploitera en dépits du bon sens et qu'il est folie de confier à une régie officielle. Les états comme la Russie les administrent tout de même, mais ils les administrent fort mal, nous pouvons en être certains sans y aller voir. D'ailleurs, si on ne noue convie pas à aller y voir c'est justement parce que nous nous apercevrions tout de suite que justement elles sont mal administrées.
Un état comme le nôtre les abandonne tout simplement à l'initiative individuelle d'une classe dite riche, c'est à dire qu'il les abandonne à la discrétion des fils de famille, et nous savons que cette discrétion n'est pas toujours discrète, Les requins de la finance, voire les gangsters s'en donnent à coeur joie sous l'oeil le plus souvent impuissant de la loi,
En tout cas, quand un citoyen, par grand hasard, a gagné honnêtement une fortune, il ne lui reste plus le jour de sa mort, qu'à léguer cette fortune à ses héritiers qui sont ce qu'ils sont, mais généralement peu dignes d'en recevoir le dépôt.
A supposer que le dit citoyen estime que son fils ou sa fille qu'il a formés lui-même sont dignes de recevoir le dépôt de sa fortune j'imagine qu'il n'est pas assez naïf pour croire que ses arrières petits enfanta seront encore dignes de prendre la suite quand le temps en sera venu. Donc il est absolument certain, et cela ne fait aucun doute pour aucun homme de bonne foi que les patrimoines devraient tomber un jour dans le domaine public comme cela se passa déjà pour les livres et les inventions; c'est de la simple logique
Ne me dites pas que le prélèvement fait par l'état sur les successions par le jeu des droits de mutation aboutit à un retour au domaine public, il n'en est rien. En effet l'état n'a pas actuellement le droit d'accepter une partie effective du patrimoine autrement qu'en espèces. Si les espèces ne sont pas suffisantes, le fond est vendu à d'autres capitalistes, il reste dans le domaine de la classe dite riche mais ne retombe jamais dans le fond commun.
Quand aux espèces,elles ne sont pas thésaurisées par l'État, ce sont de simples impôts perçus simplement à l'occasion du décès et qui d'ailleurs, ont le plus souvent, été payés d'avance par le "de cujus" sous la forme de primes d'assurance sur la vie. Rien du retour au domaine public.
Si j'avais à rédiger une constitution démocratique, j'imposerais que toutes les valeurs de patrimoine devraient revenir un jour à l'état, par exemple vingt ans après la mort du capitaliste et sous la forme ou elles ont été trouvées au moment de la mort, l'état étant nu propriétaire dès la mort du capitaliste. L'état aurait la possibilité d'exploiter ce fond ensuite, mais aussi il pourrait y renoncer : alors le fond serait distribué gratuitement par voit de tirage au sort,
D'autre part l'état n'aurait aucune possibilité de conserver par devers lui aucune entreprise exploitée une fois par lui et qui aurait cessé d'être honnêtement rentable (déficit couvert par une subvention par exemple). Je spécifie cela parce qu'il existe, même dans notre société libérale et capitaliste, des valeurs abusivement détenues par l'état qui les administre mal et qui seraient bien plus valablement détenues par l'initiative privée plutôt que par une administration communiste qui s'ignore. Ces biens non rentables entre les mains de l'état, seraient distribués aux citoyens, toujours par tirage au sort, soit sous la forme de lots entiers, soit sous la forme d'actions, soit d'obligations.
En conclusion chaque citoyen, an moins deux fois dans sa vie, une première fois vers 25 ans et une deuxième fois vers 35 ans, se verrait confier un certain capital qu'il pourrait administrer en toute liberté, j'insiste sur le point qu'il serait propriétaire d'une façon absolument discrétionnaire et sans contrôle, du capital en question. Il pourrait, soit le transformer en beuveries, soit le transformer en entreprise privée artisanale exploitée directement par lui, soit le placer entre les mains d'autres personnes qu'il estimerait plus qualifiées que lui pour en tirer un profit à son avantage. Ce placement pourrait être fait sous n'importe quelle forme déjà connue ou à inventer, participations, actions, obligations, simples prêts, exactement en somme comme un héritage actuel.
A la mort du citoyen en question, l'état deviendrait nu propriétaire des biens réduits ou augmentés et vingt ans après, le fond ferait entièrement retour à l'état qui le redistribuerait à nouveau.
Voua me répondrez que, de cette façon, bien des valeurs seraient dilapidées, perdues ou volées. Bien sur ! Mais vous faites là le procès du capitalisme lui-même. Si importante serait la perte sous la constitution envisagée, elle ne pourrait pas être plus grande que maintenant. Mais il n'est pas besoin d'être grand clerc pour se rendre compte que les pertes ainsi faites sont plus apparentes que réelles. Dans mon système très nouveau les valeurs ainsi apparemment perdues, retomberaient toutes un jour dans la caisse de l'État . Aujourd'hui elles tombent dans les poches de la classe riche qui devient de plus en plus riche jusqu'au jour ou une révolution ou une guerre vient la ruiner .
Heureusement, en contrepartie de ces pertes dues à une liberté incontrôlable, l'initiative individuelle et le travail libre des honnêtes gens, crée une quantité infinie de valeurs nouvelles qui compense, et très au delà, ces pertes,inévitables. La moindre contrainte dans la liberté du capitalisme gênerait bien plus le progrès qu'il ne limiterait les pertes. Mais tout cela vous le savez aussi bien que moi .
Le système aurait en tout cas l'avantage de donner à chacun sa chance et de supprimer les très gros afflux de capitaux entre les mains privilégiées des fils de famille.
D- Cher monsieur Adenbuck. Permettez moi de vous dire que, de votre fenêtre, vous avez une très belle vue sur le parc. D'ailleurs le temps est particulièrement beau aujourd'hui.
Je vois que ma montre indique qu'il est grandement temps que nous nous retirions. mous avons eu un très agréable entretien avec vous et nous ne manquerons pas d'en faire part à nos lecteurs.
R- Adieu et bon appétit .
Note de l'auteur- J'ai été très étonné de voir qu'un article à tendance aussi séditieuse, qui trouve sa place naturelle seulement dans un livre, ait pu paraître dans un journal américain de bonne tenue. J'ai appris depuis que cet article n'avait pu paraître qu'à la faveur d'un certain désordre dans la salle de rédaction.
Le journaliste qui avait fait l'interview tomba malade d'une dépression nerveuse aussitôt après être sorti de chez Adenbuck (sans doute n'avait-il pu supporter le choc que lui avait causé des théories aussi avancées). La dactylographe n'osa pas prendre sur elle de modifier le texte et, ne pouvant toucher le journaliste lui-même, elle transmit directement les feuilles à la rédaction. Le rédacteur en chef ne fut pas prévenu de la maladie du reporter, cru que le texte avait été relu par lui et recula devant le travail de refaire cette lecture
Je me suis étonné alors que les lecteurs du journal n'aient pas été scandalisés.
Nixon, consulté a pu me rassurer. "Il est certain, m'a-t-il dit, que les lecteurs du " Meadows Standard" ne lisent exclusivement dans leur journal que les bandes comiques. Dans ces conditions comment se seraient-ils choqué des déclarations d'Adenbuck dont ils n'ont jamais pris connaissance".