Avant d'entrer dans le détail des faits, il faut connaître le mécanisme de la circulation fiduciaire. C'est très simple.
Il y a deux chapitres. Le premier est la circulation du papier monnaie : le billet de banque, la devise, gagés en principe sur l'or des banques nationales.
Le second chapitre, c'est le circulation des TRAITES appelées aussi lettres de change, en principe gagées sur les marchandises détenues en magasin par les commerçants et les entrepreneurs.
Le papier monnaie circule surtout dans le public, la lettre de change circule surtout dans les banques, rarement entre entrepreneurs, le public la connaît mal ou même pas du tout. Voici, en gros le fonctionnement de cette espèce de monnaie. j'en ai déjà touché un mot, mais il vaut mieux que je le répète ici. Un acheteur paie sa dette fictivement avec une traite payable à fin Février, valeur en marchandise sur laquelle il inscrit le mot "accepté" et sa signature. Le vendeur reçoit la traite acceptée, signe lui-aussi, ce qui l'engage,au même titre que son client, sur la valeur des marchandises qu'il détient de son côté. Le montant de la traite est ainsi couvert deux fois.
Le vendeur se présente à sa banque qui lui verse immédiatement la somme correspondante ou l'inscrit à son crédit et le commerce continue à fonctionner en l'absence de numéraire.
Tout va comme sur des roulettes en période d'expansion. La marchandise y conserve sa valeur et couvre bien le montant des traites. D'ailleurs les acheteurs, qui gagnent normalement leur vie, paient fidèlement le montent de leurs dettes au "fin Février" que j'ai supposé, cela parce qu'ils ont eu le temps de vendre la marchandise et de récupérer l'argent nécessaire.
Mais vient une période de récession. Les marchandises ne trouvent plus preneur et l'acheteur ne peut plus payer. Comme le phénomène a un caractère général, il y à panique et toutes les banques à la fois refusent d'escompter de nouvelles traites. C'est "la crise", tout le système fiduciaire du commerce s'arrête de fonctionner. Voilà ce qui s'est produit aux USA en 1929. De là la panique a gagné l'Europe quelques mois plus tard.
Le remède est bien connu maintenant, il était d'ailleurs déjà connu en 1929 car ce n'était pas la première fois que le même phénomène se présentait, mais il n'était connu que des économistes et à cette époque on n'avait guère confiance en eux. Les hommes politiques, gens peu instruits, et tout particulièrement le président des États Unis, ignoraient totalement l'existence du remède que je vais indiquer. Ils ne voulaient absolument pas croire un mot de ce que leur disaient les économistes, et Hoover, dont la belle tête d'abruti têtu est très caractéristique, fut le premier à refuser d'appliquer le cataplasme salvateur.
Pour trouver le remède, il suffit de remarquer que la marchandise qui gage les traites existe toujours et qu'elle ne risque pas de perdre de sa valeur. En effet les marchandises périssables sort toutes des aliments et les crises ne touchent pas les commerces alimentaires puisqu'il faut bien manger. Là il ne peut y avoir récession.
Pour éviter les crises l'état doit intervenir en battant monnaie et en organisant de grands travaux d'intérêt public. Il ne s'agit pas d'une inflation proprement dite, puisque cette monnaie reste gagée sur les marchandises et sur la valeur des constructions suite des grands travaux. Cette monnaie. sera employée d'abord a réescompter les traites en les prorogeant de plusieurs mois, ce que les banques refusent de faire en dehors d'une garantie de l'état. Ensuite viennent les grands travaux qui résorbent la récession. C'est Roosevelt qui devait opérer de cette façon (travaux de le Minnesota-Valey). La guerre qui suivit peu de temps après y compléta l'opération de relance. Mais si les guerres résorbent bien les récessions, elles ne créent aucun gage valable, seulement de la marchandise détruite aussitôt. Après les guerres la situation se dégrade de nouveau des que les destructions sont réparées.
Il existe d'autres causes déterminantes pour les crises, l'une des plus dangereuse est l'habitude de la "cavalerie". Ce terme argotique désigne l'opération suivante. Un vendeur sans marchandise se met en rapport avec un acheteur sans besoin. L'un accepte une traite pour l'autre, traite qui est escomptée par une banque, l'argent ainsi dégagé constitue un capital que se partagent nos deux amis. S'ils sont adroits et que les affaires marchent bien, ce capital peut leur permettre de faire de bonnes affaires et de se dégager à la date voulue. La plupart du temps il n'en est rien, surtout en époque de récession, alors l'adresse des plus adroits ne suffit pas, l'argent est mangé et la banque perd son argent ce qui ne lui plaît pas du tout : elle devient plus dure pour le client qui se présente ensuite.
C'est par des procédés de ce genre que les particuliers peuvent créer une inflation monétaire comme les états.
Mais qu'est-ce donc que l'inflation ? C'est une création de monnaie sans contre partie en marchandise. Par exemple, un état peut imprimer des billets pour payer des fonctionnaires totalement inutiles, n'accomplissant aucun travail rentable. Le travail des fonctionnaires utiles est créateur, celui des fonctionnaires inutiles, non seulement ne crée rien mais est destructeur.
Comme en Amérique, le gouvernement français, bien loin de favoriser le réescompte des lettres de change par le Banque de France, coupa les crédits totalement. D'autre part il n'entreprit aucun travaux. Les besoins de logements se faisaient singulièrement sentir, il aurait fallu intensifier les effets de la loi Loucheur; on la mit en sommeil. La guerre, qui devait être déclarée par le France en 1939, s'annonçait déjà, il aurait fallu la préparer, cela seul aurait suffit à relancer l'économie qui était bien moins touchée en France qu'en Amérique. Rien ne fut fait. Il y eut, devant le désastre, inertie totale du gouvernement français qui se montra tout à fait stupide. Les gouvernements des autres pays se sont montrés tout aussi stupides ce qui ne nous excuse pas.
En ce moment, en 1968, aujourd'hui où j'écris ces lignes, toutes les conditions d'une nouvelle crise sont réunies, récession et cavalerie. Cette cavalerie a beaucoup fleuri a cause des menaces de faillite qui affolent tout le monde. Je ne prétends pas que les membres de notre gouvernement actuel soient plus intelligents que ceux d'autrefois. Pourtant il s'agit de "technocrates" comme on dit, c'est à dire que, parmi eux on trouve quelques techniciens des sciences économiques. Ils sont d'ailleurs mieux outillés que leurs prédécesseurs en matière de statistiques depuis l'invention des machines électroniques. "CAVEANT CONSULES" (prière de ne pas traduire par : les ministres sont des caves mais par "les ministres veillent au grain").Espérons que cette fois ils arriveront a éviter une catastrophe. Ils ont devant eux une situation fragile ; l'or monte, ce qui veut dire que la confiance dans notre monnaie fléchit, cela ne facilite pas les choses.