La vie semble couler heureuse, rue St André, entre la fin de l’année 1918 et le début de 1919. Des projets se fondent, des livres religieux sont commandés et reçus, des plans d’avenir s’ébauchent avec une correspondance américaine… Quand un jour, en ouvrant un journal sur une table du café, Serge pâlit. Un événement inattendu vient de se produire. A partir de ce moment, Serge ne vivra plus tranquille. Il demande sa mutation –ou fait le projet de la demander.

Date probable: avril 1919

Brouillon de lettre de démobilisation ([...]=illisible). Ecrit au verso d'une page de la bible...

J'ai l'honneur de solliciter de votre bienveillance d'être versé dans une Cie des Travailleurs ou de m'envoyer comme interprêt Franco-Anglo-Russe à Archangel ou en Sibérie en vertu de l'article 1010/SL/24 fev [...] ayant habité plusieurs années [...] engagé vol depuis 31 Oct 1918 à la Légion Russe.

Ayant rempli la fonction de secrétaire-interp au dépôt de la légion et connaissant bien Fr.Angl.Russe,bsp et Turc, J'ai l'honneur de solliciter de votre bienveillance d'être versé dans un gr des tr ou d'être affecté dans le corps expéditionnaire fr en Russie ou en orient comme interpréte Russe ou Turc.

Puis il demande sa démobilisation.

Que s’est-il passé en France à ce moment ? Serge, en séjour irrégulier en France depuis son expulsion de 1917 est-il recherché ou certains de ses anciens amis font-ils l’objet d’un procès ? Que sont devenus les soldats russes en France au moment de l’armistice de Brest-Litovsk du 15 décembre 1917 ? Serge, de par ses parents aurait-il fait partie des « russes blancs » ? Quelle était l’attitude des troupes russes à l’étranger vis à vis de la Révolution d’Octobre ? Le fait est que Serge vit de plus en plus dans la crainte de la police française. Il apprends par des amis qu’à la suite de sa demande de démobilisation, une enquête est ouverte et il décide de fuir. La décision est d’autant plus difficile à prendre que ses relations avec Marthe sont devenues plus intimes, ils sont « mariés devant Dieu ». Mais il craint que sa présence ne cause des ennuis aux deux femmes. Il écrit, dans les tous derniers jours de Mai 1919 une première lettre pathétique.

[Lettre écrite juste avant le départ, donc 29 ou 30 MAI 1919]

Chere M

Excuse moi pour la douleur que je t’ai fait, mais je suis pour rien, car les circonstances m’oblige d’agir ainsi, je croit en une chose que vous me livrerais pas à la Justice en disant ce que je suis, car c’est sera une male irréparable de votre côté. Je su depuis deux semaines qu’on fait enquet sur moi et chaque jours j’attendrait avec tremblement mon arrestation immediat, vous comprenez maintenant pourquoi j’étais inquiete tout le temps

Ce qu’on vous dira de moi n’en croit pas a tout, peut être il y a un peu de la vérité mais pas tout. Donc attendait avec patience et ne vous tourmentez pas pour moi. J’aurais vous (vous m’interrompez avec votre caresse et je vous dit que vous êtes curieuse) pourquoi vous me laisser pas finir cette lettre ? Je m’énerve, je dit de chose…. Le fil de mes pensées s’interrompe et je ne peux plus écrire. Naturellement vous pourrait pas comprendre l’état de mon âme, vous riez sans savoir que dans mon cœur il y a un drame,

oui c’est bien difficile de cacher. C’est ma souffrance, il faut que je dissimule tout car je ne veux pas vous faire souffrir d’avantage vous en aurai assez sans ca. Je ne sais pas si un jour je serais en état de vous justifier mon acte présent qui peut vous paraître bien vilaine mais en tout cas il faut me pardonner car je vous ai dit avant que j’était un homme qui vous fera souffrir, vous voyez le résultat. Voilà pourquoi j’insisté que vous me donniez mon congé.-

Le monde n’est pas juste pour moi, on me force d’agir ainsi – je fais ce que je réprouve chez les autres. Mais je ne peut pas autrement, je suis lié pour moi il n’y a pas un autre issu.

Voyez donc comme je suis dans une situation que je n’est pas aucune sortie. Pardonne moi pour tout mais un jour quand mon expiation sera fini vous me retrouvera peut-être… si non je ne sais pas… a quoi bon de penser. J’écrivais.

A Dieu pour le moment, pas un mot a personne si on vous demande 0dite que je parti et que je rien dit a vous c’est tout