Ythuria


Le commandant Ythuria jeta un regard circulaire autour de lui. Tout était net et propre. Les cabines d'analyse rutilaient. Tables, chaises, instruments étaient en place.

Il se dirigea vers la première cabine et y pénétra. La cabine était une sorte de cylindre vertical dont le plancher était légèrement surélevé par rapport au plancher de la pièce et qui avait son propre plafond placé à peine au-dessus de la tête du commandant. On aurait dit qu'elle était juste posée sur le sol de la salle d'examen si une telle situation n'avait été impensable dans une station spatiale.

Si l'extérieur de la cabine était cylindrique, l'intérieur comportait une surface plane portant à portée de main un petit clavier de commande. Au-dessus du clavier une grande surface lisse reflétait comme un miroir l'image du commandant.

Il s'examina avec une certaine complaisance. Manifestement son image ne lui déplaisait pas. Le commandant Ythuria était un homme grand, même selon les critères de son temps. Il avait des cheveux châtain clair légèrement crépus et coupés très court, ce qui donnait des boucles très serrées. Sa nuque et ses oreilles étaient largement dégagées.

Il avait le front très haut, lisse, à peine marqué d'un début de rides quand il fronçait les sourcils. Son nez était droit, et prolongeait son front dont il n'était séparé que par un léger creux, dans la meilleure tradition des statues grecques. Son nez lui avait valu dans sa jeunesse de nombreux succès féminins.

Ses sourcils étaient épais et se rejoignaient presque, au-dessus du nez. Ils étaient très noirs. Des yeux noirs et profonds, des sourcils longs comme ceux d'une femme, une moustache taillée court mais fournie et elle aussi très noire lui donnaient un air sévère et ses subordonnés avaient rarement envie de lui tenir tête quand il était en colère.

Une bouche ferme, fine, presque droite, dont les coins se courbaient vers le bas à la moindre contrariété, un menton volontaire et carré, vierge de tout poil rendait son visage peu avenant.

Son sourire, et il souriait souvent, était lui-même inquiétant. Il aurait facilement pu jouer le rôle de traître dans un spectacle. C'était pourtant un homme affable et plutôt timide que les nécessités du commandement avait amené à durcir volontairement son aspect.

Ses camarade et ses supérieurs l'appréciaient beaucoup car il savait être loyal, serviable et discipliné.

"Je ne suis pas mal, pour mes soixante ans, pensa-t-il."

Son regard se porta ensuite sur son cou qu'il avait fort et court, sur ses épaules musclées, larges et massives. Ses bras étaient musculeux, mais sans excès. Ses mains étaient larges mais soignées, les ongles coupés courts, la peau fine.

D'ailleurs, sur tout son corps, la peau était soignée, il était visible qu'il se faisait faire régulièrement des massages régénérants.

Son torse, large au niveau des épaules, s'amincissait vers la taille. Au niveau du ventre, un bourrelet était à peine perceptible quand il relâchait ses muscles. Sa poitrine était poilue, sans être velue, et frisée de petites boucles. Les poils formaient une sorte de triangle dont la pointe allait jusqu'au nombril.

Les reins étaient bien creusés, surmontant des fesses fines et musclées, une légère ligne poilue soulignait la raie des fesses. Cela ne lui avait jamais semblé très heureux, mais il n'avait pas osé les raser de peur qu'ils ne repoussent plus drus, et quand à se faire épiler à cet endroit-là… Il avait reculé devant le ridicule. D'ailleurs cela ne l'avait jamais vraiment handicapé, sauf l'année où il avait voulu porter un maillot de bain à taille basse… Il y avait vite renoncé.

Son sexe était niché au milieu d'une touffe de poils frisés. Pour l'instant il était tout petit et ridé, à peine visible au milieu des testicules. Là encore, il pensa en souriant aux statues grecques. Il avait cependant suffi que son attention se porte un instant à cet endroit pour qu'il y ressente un fourmillement.

"Je ne vais quand même pas me mettre à bander ! Pensa-t-il."

C'est pourtant ce qui était en train de se produire. Il détourna aussitôt son attention vers ses cuisses épaisses et solides, ses genoux ronds, ses jambes bien droites et ses pieds bien formés, fermement plantés sur le sol souple de la cabine.

Cet examen le satisfit complètement. Pas de doute, il était bel homme.

D'un doigt il effleura le panneau de commande. La porte de la cabine se ferma, la lumière baissa et une douce chaleur l'envahit. Après ce qui lui parut à peine un instant la lumière remontât, une sonnerie légère retentit, un voyant vert s'alluma sur le panneau et sur le miroir s'inscrivirent les mots "Examen terminé - tous paramètres nominaux sauf indice de stress supérieur de trois points à la norme personnelle. Cette valeur reste dans les limites standard pour l'âge et le grade. Détails disponibles dans dossier médical sous référence 2308/5618."

D'un doigt un peu fébrile il tapa au clavier :

"Demande autorisation n°3"

Sous ce message, s'inscrivit la réponse :

"Autorisation accordée pour mise en oeuvre immédiate".

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Un mouvement de sa main et la porte de la cabine s'ouvrit. Dans son mouvement pour sortir, le commandant faillit heurter une belle femme qui se trouvait juste devant la porte.

C'était une beauté sombre, aux longs cheveux noirs, à la peau mate, avec une poitrine ample et des fesses rebondies mais la taille fine. Elle était nue. Elle était presque aussi grande que le commandant, mais, le plancher de la cabine étant surélevé, sa tête arrivait juste à l'épaule de celui-ci.

"Brill, ils ont dit oui ! S'exclama-t-elle."

Elle entoura de ses bras la taille du commandant et pressa sa tête contre sa poitrine. Il lui caressa doucement les cheveux.

"Es-tu toujours d'accord ? Dit-il. Tu sais que je pars immédiatement et que nous ne nous reverrons plus.

"Nous en avons déjà discuté. Ma décision est prise. Je suis juste dans la période favorable, mais s'il y avait un problème il y a toujours ton dépôt à la banque.

Mais je suis vieux jeu, je veux procréer par la méthode naturelle et je veux que ce soit toi le père, nous devons donc le faire tout de suite.

Elle s'écarta en riant. D'ailleurs si j'en crois mes yeux, tu ne demandes que ca !"

A vrai dire, le commandant Brill Ythuria venait d'être pris d'une érection qui ne laissait guère de doute sur ses sentiments.

Il lui prit la tête dans ses mains et l'embrassa longuement. Puis ils se laissèrent glisser sur le sol souple de la salle d'examens, elle noua les jambes autour de sa taille et il la pénétra vigoureusement.

Ils firent l'amour doucement et lentement, presque avec application, puis la femme poussa un petit cri :

"Maintenant !"

Il accéléra légèrement le mouvement, puis céda au plaisir. Pris d'une soudaine faiblesse, il se laissa aller sur le coté, sans quitter sa partenaire. Il la serra contre lui, l'embrassa sur les lèvres, puis se releva et sortit de la pièce sans ajouter un mot, les yeux brillants.

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Le couloir était désert. Après avoir refermé la salle d'examen, le commandant Ythuria s'appuya le dos contre la porte. Il lui fallut quelques instants pour reprendre le contrôle de sa respiration. Il ferma les yeux.

Quand il rouvrit les yeux, il avait retrouvé son calme. Il avança dans le couloir d'un pas ferme, prit à gauche, puis deux fois à droite. Il s'arrêta devant une porte marquée "Entrée interdite - DANGER". Il poussa la porte résolument et se trouva dans une cabine guère plus grande que la cabine d'analyse.

Il posa ses deux mains bien à plat sur la vitre située en face de lui et prononça à haute et intelligible voix :

"Commandant Brill David Ythuria, capitaine de l'Explorer Cinq, en partance pour la mission 307."

Pendant un long moment, rien ne se passa. Puis la vitre se teinta en vert. Le commandant retirât ses mains et les laissa pendre le long de son corps. Il sentit une goutte de sueur rouler le long de son dos. Il écarta légèrement les pieds et se campa bien droit, comme pour recevoir un choc. Des lettres, un message, s'inscrivirent sur la vitre, suivies d'un mot en rouge clignotant :

"Bonjours, commandant. Votre transfert est programmé pour avoir lieu immédiatement. En cas d'accord, prenez en main les deux poignées qui sont devant vous et pressez-les fermement. Attention, cette action est IRREVOCABLE."

Le commandant prit fermement en main les deux poignées, ferma les yeux un instant, les rouvrit et serra les doigts. Le message de la vitre s'effaçât et fut remplacé par :

"Accord enregistré, transfert en cours."

"Phase 1."

Le commandant fut aspergé par une douche violente mais tiède. Il ferma les yeux et se laissa envahir par une douce béatitude. Les gouttes d'eau frappaient sa nuque, sa figure. L'eau s'insinuait dans sa bouche qu'il ouvrit légèrement, elle massait son sexe et son anus.

Si la chaleur des jets était agréable, leur goût était assez écoeurant. Il avait fatalement avalé un peu d'eau et fut pris soudain d'une violente colique assortie d'une aussi violente envie d'uriner.

Il s'attendait à ce résultat, mais ne le trouvait pas agréable pour autant. Il se laissa pourtant aller, sans lâcher les poignées. Les spasmes de ses intestins se calmèrent, mais il avait l'impression que l'eau qu'il avalait par la bouche et le nez ressortait aussitôt par le bas.

Heureusement, tout ce qui arrivait sur le sol de la cabine était immédiatement évacué. Il y avait longtemps que le commandant ne se souciait plus de savoir que tout cela était recyclé et lui revenait dans la figure - après purification, cependant.

Cet aspect "machine à laver les hommes" de la cabine de transfert était un sujet de plaisanterie inépuisable du mess des officiers. Mais aucun moyen aussi efficace et économique n'avait pu être mise au point pour se débarrasser des inconvénients, il fallait donc supporter la situation.

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Le jet s'arrêta aussi brusquement qu'il était venu et fut remplacé par un courant d'air chaud qui le sécha en quelques minutes. Il se demanda pourquoi il était nécessaire de le sécher, mais cette pensée ne l'occupa pas longtemps. L'écran afficha :

"Phase 1 terminée

Phase 2 en cours."

Son esprit se mit à vagabonder. Il pensa à sa mission. Le transfert de la station de départ à la base stellaire ne prenait qu'un instant, mais l'exploration du système où il devait se rendre ne pouvait se faire qu'en navette relativiste. La mission était prévue pour durer un an pour lui, mais elle en durerait plus de vingt pour tous ceux qu'il laissait derrière lui. Au moins vingt ans.

"Mon fils sera grand, quand je reviendrai de cette mission. Et où sera-t-il ?"

Tout trajet dans le système solaire était lui aussi relativiste et ajoutait au décalage. Les pionniers avaient voulu revoir leurs proches et l'avaient très vite regretté. Maintenant son équipage était sa seule famille. Il aimait d'ailleurs passionnément cette famille qui l'avait accompagné déjà dans ses précédentes missions. D'ailleurs il ne devait qu'à un miracle que ses gênes n'aient pas été grillés jusqu'à présent et qu'il ait été autorisé à procréer. La future mission aurait lieu sous un soleil dur et il savait que son dosimètre allait flamber. On savait parfaitement annuler ces effets désastreux sur les cellules vivantes, mais pas sur les cellules sexuelles qui étaient même totalement détruites par le traitement régénérateur. Donc plus d'autre enfant pour lui.

Il allait presque verser une larme sur son sort quand il se secoua. Un regard vers le bas lui montra qu'un liquide incolore - peut-être légèrement rosé, il était difficile de se prononcer dans l'éclairage diffus de la cabine, lui arrivait maintenant jusqu'au genoux.

Il ne sentait absolument rien. Aucune sensation de poids sur les pieds, aucune sensation de résistance quand il bougeait le genou. Rien de plus que si le liquide était en réalité un brouillard. Dans un flash, il fut prit d'un soudain accès de reconnaissance pour les chercheurs qui avaient mis tout cela au point. Le nettoyage n'était pas au point, mais l'immersion avait encore été améliorée.

Le liquide continuait à monter et arrivait maintenant à son sexe. Même cette partie de sa personne, pourtant sensible, ne ressentit rien. Même ses poils ne semblaient pas mouillés. Ils ne flottaient pas non plus. Ils restaient sagement en place.

Le liquide montât jusqu'à sa poitrine sans entraver sa respiration. Il fallut qu'il arrive jusque dans sa gorge pour qu'il sente un léger - très léger - goût indéfinissable. C'est cependant ce goût qui lui permit de constater que le liquide avait pénétré ses poumons car il venait du fond de la gorge alors que sa bouche n'était pas submergée.

Instinctivement il serra les fesses avant de réaliser que le liquide n'avait pas pu pénétrer par là aussi vite. Il ne restait donc qu'une explication. Le liquide pénétrait à travers sa peau. S'il ne ressentait rien c'est qu'il était complètement transparent pour le liquide. Celui-ci passait à travers son corps comme s'il n'existait pas.

Il constatât quand même que son amplitude respiratoire avait beaucoup baissé. Il ne ressentait aucune sensation d'étouffement, au contraire il était un peu euphorique, sans doute à cause d'un léger excès d'oxygène. Ce liquide était donc riche en oxygène et les échanges se faisaient mieux qu'avec l'air.

Il en était là de ses réflexions quand sa bouche fut submergée, puis ses yeux. Sa vue ne fut aucunement troublée par le liquide. Quand celui-ci eu atteint la paroi supérieure de la cabine, le commandant était toujours debout dans la même position.

L'écran afficha :

"Phase 2 terminée

Phase 3 en cours."

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Petit à petit, le liquide devint plus épais. Il continuait à respirer normalement, mais se sentait de plus en plus léger. Bientôt il se mit à flotter. Il lâcha alors les poignées et d'une poussée des pieds sur le sol se propulsât vers le plafond. Il saisit alors deux leviers qui se trouvaient là, les fit tourner l'un vers l'autre et ouvrit ainsi une trappe circulaire dans le plafond de la cabine. La porte ne faisait pas plus de cinquante centimètres de diamètres et elle s'ouvrit lentement en pivotant vers lui. De l'autre coté se trouvait le même liquide.

Il se glissa par la trappe, se retourna et la referma derrière lui.

La pièce où il venait d'entrer était à peine éclairée par une lumière diffuse. Le liquide n'avait plus sa transparence initiale et la vue ne portait qu'à un mètre ou deux.

La pièce avait la forme d'un cylindre dont la trappe qui était maintenant derrière lui formait le fond. Aucune ouverture ne se voyait de l'autre coté. Flottant dans la liquide, il n'avait plus de notion d'orientation et ne savait plus distinguer le haut du bas.

Ce n'était pas grave car le cylindre était presque totalement occupé par un objet, lui aussi cylindrique, qui lui laissait à peine la place de se mouvoir. Il fut d'autant plus attentif que l'objet en question n'était pas lisse, mais au contraire portait sur sa surface un fouillis de canalisations, de vis, de tiges, auxquelles il ne fallait surtout pas s'accrocher. L'objet faisait bien trois ou quatre mètres de long pour deux mètres de diamètre.

Le commandant s'approcha de la partie centrale de l'objet et il se glissa dans une ouverture oblongue où il passait à peine. Il arriva dans un réduit occupé par une couchette anatomique. Il pensa avec amusement à un dessin qu'il avait vu dans un musée et qui représentait presque exactement cette couchette, c'était une des premières représentations de fusée spatiale dans "Objectif Lune", aventure de Tintin par le dessinateur Hergé.

Après tout, la forme de la couchette était calquée sur celle du corps humain et ne pouvait donc pas beaucoup changer. Il s'allongea sur la couchette et passa quelques minutes avant de trouver la bonne position. Visiblement cette couchette avait été moulée sur lui car elle épousait parfaitement les formes de son corps, jusqu'à ses doigts et son sexe qui avaient leur place. Il sourit en pensant que ce n'était pas le moment d'avoir une érection, faute de place.

Contrairement au modèle de la bande dessinée, il ne tenait pas la tête redressée, ce qui n'aurait pas été très confortable. Sa tête était simplement dans le prolongement du tronc, le front posé sur un support, un espace étant dégagé pour le nez, la bouche et surtout les yeux.

Devant ces derniers se trouvait un écran panoramique qui s'activa dès qu'il eut posé son front. Sous les bouts de ses doigts il sentait de légères excroissances correspondant à des boutons. Devant ses yeux il sentit un léger courant et le liquide s'éclaircit. En fait il eut l'impression qu'une fenêtre s'ouvrait devant lui et les étoiles apparurent.

Dans son dos il sentit à peine se refermer le couvercle de sa couchette. Devant lui, il voyait la masse à peine lumineuse de Saturne qui occupait une petite partie de l'espace. A sa droite un Soleil ridicule du fait de la distance éclairait à peine. Son champ de vision était restreint par les parois du sas. Droit devant lui, des mots s'inscrivirent :

"Phase 3 terminée

Phase 4 en cours.

Automatique ou Manuel ?"

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Il pressa le bouton de la commande automatique. Sa vision se troubla, comme s'il regardait une image réfléchie dans l'eau et qu'une vague venait la faire disparaître. Il sombra doucement dans l'inconscience.

A peine le commandant avait-il perdu connaissance que sa capsule fut traversée d'un léger frémissement. Des verrous se déclenchèrent et elle se mit à flotter dans le sas. Le liquide se vida progressivement sans que la position de la capsule change. Dans le viseur du commandant un message inutile s'afficha :

"Suspension magnétique activée

Ejection imminente."

Et un décompte fit vivre l'écran "60, 59, 58…".

Deux portes s'ouvrirent devant la capsule et laissèrent apparaître le spectacle même que le commandant observait quelques minutes plus tôt.

A "0", la capsule s'ébranla doucement, puis avec une accélération de plus en plus grande fila vers l'espace. Aucun bruit n'était audible, à l'exception d'un léger chuintement.

Pendant près d'une heure la capsule flotta dans l'espace. Faute de repère il n'était pas possible d'évaluer sa vitesse. Derrière elle la masse proportionnellement énorme de la station spatiale avait disparu dans le noir de l'espace. Un spectateur n'aurait pas été étonné d'entendre retentir Le beau Danube bleu, comme dans un film, mais le silence était total.

Une forme noire finit quand même par se matérialiser devant la capsule. Une sorte d'oeuf parfaitement sphérique flottait dans l'espace au centre d'une étrange structure également sphérique, ressemblant à une toile d'araignée ou à un gigantesque filet. Le rayon du filet était bien de dix fois celui de la sphère, et les mailles auraient pu laisser passer une escadrille de capsules.

Plus la capsule s'approchait de la sphère et plus la taille de celle-ci apparaissait gigantesque. Arrivée à proximité du filet, la capsule infléchit sa route, traversa les mailles et se dirigea doucement vers la sphère. Celle-ci était d'un noir parfait et ne réfléchissait pas la lumière, ce qu'il fait qu'on ne l'apercevait qu'en ombre chinoise sur le fond des étoiles. La capsule pénétra dans la sphère sans s'arrêter, sans qu'aucune porte s'ouvre.

Simplement elle n'était plus là.

Le commandant reprit ses esprits d'un seul coup. Au bas de son champ de vision, se trouvait une rangée de voyants verts. Devant lui il voyait une sphère d'environ cent mètres de diamètre, tout aussi hérissée d'accessoires que sa propre capsule. Les astronautes l'avaient baptisée "le cerveau" en référence à l'aspect extérieur d'un cerveau humain. Mais il n'y avait pas d'hémisphère visible. Par contre la capsule finissait de pénétrer à reculon dans un sas semblable à celui d'où elle était partit. De part et d'autre du "cerveau", le ciel était noir, aucune étoile n'était visible, on ne voyait pas même le filet.

La sphère noire, impalpable, immatérielle, sans épaisseur, isolait le cerveau du reste du monde.

Un dernier message s'inscrivit sur l'écran du commandant :

"Phase 4 terminée

Transfert achevé."

Deux secondes plus tard, le commandant était mort.