Commandant : Shirley McFarlane
Equipage :
Premier Lieutenant : Xao Hong
Deuxième Lieutenant Boris Kiralov
Premier Navigateur : Suzy Talbot
Deuxième Navigateur : Nadia Romaneci
Troisième navigateur : Sergueia Petrovna
Officier Mécanicien : Miguel Latin
Premier Mécanicien : Julia Roberto
Deuxième mécanicien : Helmutt Gotha
Entretient et service : Frida Henn
Agent administratif : Charles Gourara
Equipe scientifique :
Xénologue : Jacques Talbot
Linguiste : Rajhid Indi
Psychologue : Pavlova Petrovna
Technicien xénologue : Micha Romaneci
Premier astronome : Nikolas Henn
Deuxième astronome : Indira Indi
Opérateur de télescope : Annette Gourara
Opérateur de radio télescope : Ingrid Gotha
Cartographe : Matt McFarlane
Premier mathématicien : Bing Hong
Deuxième mathématicien : Johanna Latin
Géologue : June Kiralov
Biologiste : Gianno Roberto
Comme Premier Lieutenant, je dois tenir à jour le rôle d'équipage. C'est une tâche facile, puisque les membres de l'équipage sont connus depuis maintenant trois ans et qu'il n'est pas question de les changer sans raison valable. Noter cependant que les remplaçants ne figurent pas sur cette liste, même s'ils sont présents à Statrans et participent aux exercices comme les autres.
La date du grand départ s'approche. Tous les essais à vide de l'Explorer ont magnifiquement réussi et nous allons embarquer demain à bord. Nous aurons ainsi trois mois pour nous familiariser avec le navire et nous pourrons demander des modifications si nécessaire. Il n'est pas question que cette mission soit un échec.
Il n'est sans doute pas inutile que je vous décrive le navire. Vu de l'extérieur il a un aspect assez curieux. Il se compose d'une sphère qui contient la coque et d'une structure motrice qui contient -comme son nom l'indique- les moteurs H. Cette structure est formée de trois anneaux cylindriques qui se coupent deux à deux à angle droit. Je ne sais pas trop comment illustrer cette forme. Supposons qu'un des anneaux soit comme l'anneau de Saturne, la coque du navire étant Saturne. Prenez un quelconque diamètre de cet anneau et imaginez un deuxième anneau identique au premier mais qui lui soit perpendiculaire. Vous matérialisez ainsi une sphère constituée de quatre quartiers, un peu comme un melon. Si les deux premiers anneaux sont des méridiens, le troisième anneau est l'équateur de la sphère.
Cette structure est parfaitement symétrique et très agréable à l'oeil. Les anneaux sont assez épais et leur diamètre moyen est double de celui de la sphère centrale, ce qui vous donne une idée de la taille de l'ensemble. Il faut passer entre les anneaux pour rejoindre le sas d'entrée du navire, ce qui n'est possible que quand les anneaux sont immobiles. Comme ils n'entrent en mouvement (par rapport à la sphère) qu'au moment du saut, cela ne présente aucun inconvénient.
Le plus surprenant est sans doute qu'il n'y a aucun lien mécanique entre les anneaux et la sphère centrale. Il n'y a non plus aucun champ magnétique et on peut librement circuler dans l'espace autour de la sphère. Je ne connais pas exactement le fonctionnement des moteurs H, mais je sais qu'il s'agit d'un contrôle du champ gravifique. Il n'y a cependant aucune variation de masse perceptible en usage normal, ni même pendant les sauts. Il faut dire que le saut est imperceptible.
J'ai fait partie des rares astronautes à avoir participé à un saut expérimental -a vrai dire, j'en ai fait plus de mille-, sans jamais ressentir quoi que ce soit. Même si on regarde par un hublot au moment du saut, on ne ressent rien de plus que lors d'un changement de plan de la visio.
Le plan de l'Explorer est simple. Au centre une sphère de huit mètres de diamètre séparée en deux parties contient d'un coté une salle de réunion et de l'autre le centre de contrôle technique. En sortant de cette sphère on trouve une coursive annulaire qui fait le tour de la sphère. De part et d'autre de la coursive, contre la sphère, deux rangées de cellules d'habitation. Ici chaque membre du personnel a une cellule. Mari et femme sont logés dans deux cellules contiguës. De fait ces cellules servent de lieu de vie, mais aussi de travail.
Si on imagine une vue en perspective transparente de l'Explorer, la sphère centrale et les cellules forment une zone cylindrique, comme une tranche de la sphère extérieure. Les deux calottes, inférieure et supérieure - si tant est que ces notions aient un sens ici - contiennent l'une le matériel de survie et les provisions, l'autre le matériel scientifique. Le tout ne dépasse pas vingt mètres de diamètre. L'Explorer tout entier fait donc environ cinquante mètres de diamètre, peut-être même un peu moins.
L'aménagement interne de l'Explorer est très spécial. D'abord il n'y a aucun dispositif de gravité artificielle. Malheureusement de tels dispositifs restent du domaine de la fiction dans un navire d'aussi petite taille. Tout est donc étudié pour fonctionner en apesanteur. Dans la salle de réunion, des points d'accrochage des harnais individuels permettent aux auditeurs de se stabiliser. Aucun mobilier n'est apparent et toutes les commandes se trouvent sur la partie plane de la salle.
Les cellules elle-mêmes ont une forme grossièrement cubique, mis à part les déformations inévitables du fait de la disposition globalement sphérique de l'ensemble. La zone couchage est un cylindre qui s'ouvre en deux un peu comme un sarcophage et qui est intérieurement recouvert de mousse et de fourrure pour le confort. La taille du cylindre a été déterminée par chacun en fonction de ses mensurations et de ses goûts.
Presque tous les membres du personnel ont choisi des cylindres larges, qui peuvent se fermer même si deux personnes s'y trouvent. Ces couchettes ayant une alimentation autonome en oxygène on a vite constaté que, si les activités sexuelles nécessitaient un certain entraînement, un léger apport d'oxygène les rend extrêmement satisfaisantes. Ces couchettes sont très appréciées. Le fait que les parois soient à proximité immédiate permet un contact qui facilite une ré-appropriation de l'espace. Un choix judicieux de coloris et un éclairage interne diffus permet de rétablir une notion de haut et de bas très profitable au confort.
Plus sérieusement, ces couchettes sont parfaitement étanches, munies d'une alimentation en air autonome (déclenchée uniquement en cas de besoin) et sont extractibles, ce qui en fait des capsules de survie en cas de défaillance de l'Explorer. Elles sont même munies de provisions concentrées et d'une balise de détresse. Je ne souhaite bien sur à personne de se trouver contraint d'utiliser les couchettes comme capsule de sauvetage car, pour l'instant, comme il n'y a aucun moyen de secours, elles auraient toutes les chances de se transformer en cercueil.
Le reste des cellules est consacré aux soins de toilette et à l'équipement de travail qui dépend bien sûr de la spécialisation de chacun. Les titres indiqués sur le rôle d'équipage ne sont d'ailleurs pas à prendre trop à la lettre car les membres de l'expédition sont polyvalents. En pratique, une fois coiffé le casque de commande du panneau de contrôle, chaque membre de l'expédition est relié à tous les autres ainsi qu'à tous les appareillages du vaisseau. Bien sûr, la confidentialité est assurée et seuls les échanges volontaires sont possibles.
Cependant le Commandant peut accéder à toutes les données. Il peut écouter s'il le veut les gémissements amoureux dans les couchettes, mais plus sérieusement il peut récupérer les données vitales si celui qui les a inscrites est hors d'état d'intervenir. Chacun des membres de l'équipage, dans l'ordre de la liste du rôle a d'ailleurs la même possibilité si les fonctions vitales des autres (de ceux qui le précèdent sur la liste) sont considérées comme nulle par l'ordinateur. En fait, en cas de catastrophe ne mettant en cause que des vies humaines, même le biologiste peut rentrer à la base avec toutes les données.
En fait l'Explorer est plus une base spatiale pouvant éventuellement être déplacée qu'un navire. Il effectue des sauts H, mais ne possède pratiquement pas de moteurs planétaires, en dehors des moteurs d'assiette qui le stabilisent dans l'espace.
Au cas ou sa mission serait couronnée de succès, il serait remplacé dans le système stellaire en question par une base permanente. Pour cela un autre engin est en construction à Statrans. Depuis que l'Explorer est terminé, la construction de cet engin s'est même beaucoup accéléré, mais il ne sera pas terminé avant au moins trois ans.
Cet engin est formé sur le même principe que l'Explorer, mais les anneaux sont démontables et munis d'un pilote automatique. Son fonctionnement est simple. On place au centre la charge utile, on effectue le saut en automatique, la charge est livrée et l'engin revient seul à la base.
S'il n'était pas nécessaire de prendre des précautions en effectuant les sauts à des distances respectueuses des observateurs, toute l'opération prendrait moins d'une journée. En fait, tout est réglé en une semaine.
Parlons un peu, maintenant, de l'équipage.
D'abord,à tout seigneur tout honneur, le Commandant McFarlane. C'est une petite femme blonde, mignone comme un coeur quand elle décide de jouer le charme. A vrai dire, je ne l'ai vue qu'une fois dans cette situation, lors de la cérémonie organisée sur Terre pour notre départ. Je ne l'ai pas reconnue.
Elle avait lâché ses cheveux, portait une robe de soie transparente et pas grand chose dessous. Le ministre était tout rouge.
Au naturel, avec ses cheveux en chignon, sans maquillage et dans sa combinaison dorée de Commandant elle est beaucoup moins excitante.
C'est uns technicienne hors pair, jamais énervée, ne proférant jamais un mot plus haut que l'autre et jamais un mot de trop. Elle est obéie au doigt et à l'oeil et sans discussion.
Elle donne d'ailleurs rarement des ordres sans avoir auparavant sollicité l'avis général. Quand elle le fait c'est qu'il y a urgence et qu'il n'y a pas de temps pour la discussion.
Quand chacun a donné son avis, elle distribue les tâches et l'on s'active. Il n'y a aucun problème de discipline à bord. Il faut rappeler que nous travaillons ensembles depuis plus de cinq ans et que les quelques éléments mal intégrés ont été éliminés depuis longtemps.
Nous avons tous conscience de faire partie d'une élite et devoir notre position au sacrifice de toute une planète. Nous avons à coeur de faire notre devoir.
Cela ne veut pas dire qu'il n'y a jamais de heurts. C'est là que le Commandant McFarlane joue le meilleur rôle. Son calme est contagieux et aucun de nous ne se permet de crier en sa présence. Il n'est certainement pas question de crier sur elle, mais même à Statrans où elle n'a pas de fonction officielle, tous les chahuts s'arrètent dès qu'elle apparaît.
Son mari, Matt, est le cartographe de l'expédition. C'est sans doute lui qui aura le plus de travail puisque notre mission est essentiellement une mission de cartographie. Il est un peu plus grand que sa femme et aussi brun qu'elle est blonde. Il n'est pas non plus très loquace, mais c'est un compagnon agréable et nous faisons d'interminables parties d'échec quand nous ne sommes pas en service.
Je suis moi-même originaire de Mongolie et j'ai longtemps souffert d'un visage peu plaisant, même selon les critères de mon pays. Je suis pourtant grand et fort, j'ai même craint un instant que mon poids soit un obstacle à ma carrière spatiale.
C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai rencontré à l'université européenne où j'ai fait mes études une compatriote. Nous étions les deux seuls chinois de l'institut spatial de Berne et c'est donc assez logiquement que nous avons unis nos destinées.
Aprés une grossesse difficile, conclue par la mort du bébé, ma compagne est devenue stérile, ce qui nous a dirigé vers le service actif.
Nous avons tout les deux approfondit les mathématiques spatiales, mais moi plus vers le positionnement et la mise en équation de l'espace instantané, elle plus vers la dynamique biologique et l'évolution des systèmes planétaires. Je l'amènerai à bon port, mais c'est elle qui nous dira si la planète est viable.
Boris est mon alter égo. Si nous disparaissions tout les deux, il se pourrait bien que l'Explorer ne revoie jamais sa base. Du coup, nous ne nous voyons que quelques instants aux changements de quart, étant chacun de service alternativement. Nous pourrions être deux frères tant nous nous entendons bien. Nous sommes pourtant au physique aussi différents que possible. Il est blond, petit et d'origine scandinave.
C'est un navigateur de première force et il a une intuition formidable là où je suis obligé de calculer. Nous formons avec le Commandant McFarlane une équipe d'animation que je crois particulièrement solide.
Suzy et Nadia sont les boute en train de l'équipe. Outre leur capacité à retrouver leur chemin dans un labyrinthe, elles illuminent les pièces où elles passent. Même le Commandant semble disparaître quand elles sont là.
On ne peut pas dire qu'elles soient allumeuses, mais même après passage en désinfection elles ont l'air maquillées et prêtes à l'amour. Avec ça, bavardes comme des pies quand elles ne sont pas en service. Pour autant, rien à dire sur le service qui est impeccable. Le bruit court que Jacques est devenu xénobiologiste pour essayer de comprendre sa compagne, quand à Micha Romaneci il est aussi effacé que sa femme est vive. Pourtant, un farceur a un jour enregistré les performances sexuelles de tout l'équipage et a fait circuler les résultats. Micha et Nadia ont donné des complexes à plus d'un !
Je vais clore ici ce rapport pour l'instant, l'heure de mon service approche, il est temps que je me prépare.