J'ai pris mon poste de Commandant de Bord de l'Explorer le 13 Avril 2240, trois ans jour pour jour avant la date prévue du grand départ. N'allez pas me confondre, à cause de ce titre ronflant, avec un Commandant de vaisseau maritime. Mon rôle est essentiellement administratif et je connais peu de choses à la navigation.
Je suis davantage un Président Directeur Général. J'ai cependant par contrat une totale autorité sur mon vaisseau et mon équipage au cas ou nous serions isolés de notre base et sans moyens de communication. Le reste du temps, je suis soumis pour les décisions essentielles à l'accord de la Compagnie.
Le projet est bien particulier, en grande partie pour des raisons techniques. Le but ultime est le contact avec une civilisation extra-terrestre, mais nous savons tous que cela ne se produira sans doute pas de notre vivant. Expliquons pourquoi.
La cartographie de l'Espace Instantané nous a permis de connaître la position précise exacte de quelques milliers d'étoiles, situées au voisinage immédiat du Soleil. Ceci, en retour, a permis de valider l'hypothèse du Big Bang comme origine de la création des étoiles et de déterminer de façon apparemment très précise la position du centre de l'univers. Un essai d'envoi de sondes vers ce point s'est soldé par un échec absolu : aucune sonde n'en est revenue. Ce fait même a eu plutôt tendance à confirmer la théorie faisant de ce point un point singulier de l'Espace.
Du coup il est devenu possible d'affirmer que toutes les étoiles situées à égale distance du centre ont le même âge. On a donc pensé que c'est sur ces étoiles que doivent se trouver les civilisations de même niveau que la nôtre. Personne n'a osé chercher vers les étoiles plus lointaines, car des civilisations plus avancées font peur. Notre cartographie a donc progressé selon un cercle centré sur l'origine de l'univers. Nous n'avons exploré qu'une part insignifiante de cette circonférence, ce qui fait que sa forme exacte est sans importance. Elle se rapprocherait plutôt d'un cylindre centré sur le système solaire et tangent au cercle dont il a été question plus haut. Ce cylindre a un rayon d'environ cinquante années lumières, ou une dizaine d'étoiles, et un axe actuellement d'environ cinq cents années lumières.
En pratique, la position réelle de l'étoile étudiée n'a aucune importance. En effet, la dépense d'énergie nécessaire au transfert ne dépend pas directement de cette distance, même si, en moyenne, l'énergie nécessaire augmente avec la distance. Ceci n'est qu'apparemment contradictoire. Il faut savoir en effet que le déplacement vers certains points de l'espace demande jusqu'à cent fois plus d'énergie que le déplacement vers d'autres situés à la même distance. Nous n'avons, pour l'instant, aucune explication de ce phénomène qui a été constaté expérimentalement. Par contre, une fois la dépense d'énergie étalonnée sur un parcours particulier, elle reste constante avec le temps - au moins sur les quelques années d'expérience que nous avons. Sinon, l'énergie dépensée dépend surtout du volume transféré.
On sait, aujourd'hui, calibrer avec une très grande précision (à quelques millimètres près) le diamètre de la sphère transférée pour des dimensions dont la plus grande essayée a été de deux cents mètres. Il résulte de tout cela que l'exploitation commerciale, si elle est jamais envisagée, pourra se faire surtout vers les systèmes stellaires peu coûteux et pour des produits denses comme les métaux lourds. Le progrès dans ce domaine est très lent car si les équations permettant de diriger le saut sont maintenant établies avec une grande précision, le principe même de la transmission d'énergie sous forme matérielle et vitale est complètement hermétique. Nous ne savons absolument pas pourquoi le saut est possible, ni pourquoi il demande telle quantité d'énergie. Ce n'est que par un heureux hasard que nous sommes en mesure de dépenser une énergie suffisante avec un résultat déterminé à l'avance.
Le fait que les sauts H se fassent par échange de portion d'espace nous a obligés à de très grandes précautions pour ne pas détruire notre propre système solaire. De surcroît, comme vous le savez, les points de départ et d'arrivée du saut doivent se trouver sur la même ligne de force du champ gravifique, on ne peut donc pas partir et arriver n'importe où (les scientifiques excuserons les approximations des explications techniques de ce rapport, nécessaires puisque ses destinataires sont eux mêmes des non scientifiques).
Il est résulté de tout cela que la base de lancement des sondes de cartographie a été installée au-delà de l'orbite de Saturne. Les échanges entre cette base et la terre ou la base principale de Mars doivent se faire par astronef à propulsion photonique et accélération faible pour des raisons simples de rentabilité financière. Mais du coup, le voyage dure un mois pour les passagers entraînés et six mois pour les passagers ordinaires et le fret. Il est donc extraordinairement difficile de faire parvenir des matières premières à la station. Il ne s'agit pas d'oublier quelque chose d'important en quittant la terre.
Les points d'arrivés ont tous également étés choisis jusqu'à présent à l'extérieur du système stellaire objectif. Ceci n'a pas permis, même approximativement, l'étude des planètes. Les sondes ne donnent que la position exacte de l'étoile et le nombre de planètes qui gravitent autour d'elle. Seules les tout derniers modèles de sondes donnent également la masse et les orbites des planètes en question. Il s'ensuit également que pour aller voir les planètes de plus près il faut transférer un astronef entier.
L'exploration d'un système stellaire se décompose donc en plusieurs phases que nous allons examiner maintenant.
Il faut d'abord amener en orbite à l'extérieur de Saturne tout le matériel nécessaire. Cette opération est maintenant en cours depuis cinq ans, parallèlement à la construction de l'Explorer. Cela signifie qu'un gros porteur quitte chaque mois l'orbite lunaire à destination de Saturne. Ces cargos sont automatiques et ne nécessitent donc aucun équipage. Leur moteur à fusion totale se contente d'accélérer vers l'arrière les poussières cosmiques qu'il ramasse à l'avant. Ce système procure une accélération très faible, mais continue pendant tout le voyage (ou plus exactement positive pour accélérer pendant la moitié du voyage puis négative pour freiner le reste du temps). Une navette par propulsion H est en cours de mise en place entre l'orbite lunaire et Saturne. Elle ne fera que trente centimètres de diamètre pour un litre de volume utile. Tous les essais pour envoyer une charge utile sans transférer le moteur ont échoué, toutes les sondes sont donc munies d'un moteur qui occupe une part non négligeable du volume disponible.
Quand nous serons prêts il faudra assurer le transfert de l'Explorer vers l'objectif. Cette opération se fera entièrement avec les moyens propres du vaisseau, mais après contrôle des calculs par la station. Ce transfert sera lui-même, bien sûr, précédé de tous les tests nécessaires. Nous n'avons qu'un Explorer, sa perte - sans parler de celle de l'équipage - serait dramatique. Notons que nous n'avons encore jamais transféré un volume aussi important que celui de l'Explorer avec sa densité, son appareillage perfectionné et son équipage.
Bien sûr, de nombreux transferts en automatique auront eu lieu avant le grand départ. Cependant les paramètres d'une exploration sont si nombreux qu'il n'a jamais réellement été envisagé de la faire faire par un robot. Rappelons que quand il s'agit d'explorer le système solaire nous disposons d'une télémétrie instantanée ou presque qui nous permet une surveillance à distance des robots. Rien de tel ici, seule la matière est transférée, pas les ondes électromagnétiques. Pour l'instant, la radio et la vidéo doivent se contenter de la vitesse de la lumière.
Une fois transféré, l'Explorer va commencer réellement sa mission. Il va d'abord utiliser tous ses moyens télémétriques. Il est muni de télescopes, de radars, de spectromètres et de tout l'appareillage courant des astronomes. Cette étude va durer assez longtemps, au moins plusieurs heures, peut-être plusieurs jours. Ses résultats seront fréquemment transmis à la base par navette.
En particulier il va falloir analyser le nombre, la nature et la position des différentes planètes. Trouver la nature de leurs principaux composants à la surface dans l'optique d'une exploitation minière, voir si les paramètres de surface sont compatibles avec une exploitation humaine ou automatique.
Si l'analyse précédente est favorable, Il faudra alors aller voir de plus près. L'Explorer n'en est pas capable car il ne possède que des moteurs H. Il faudra donc organiser le transfert d'une navette d'exploration à grande vitesse capable de se déplacer à un dixième de la vitesse de la lumière avec deux passagers (Voyageur II). Ainsi sera possible l'exploration systématique de tous les corps célestes de taille équivalente à celle de la terre plus ou moins vingt pour cent, la navette restant vingt-quatre heures en orbite autour de chacun d'eux. Les analyses seront faites par l'Explorer, la navette ne portant que les capteurs. Si le moindre risque apparaît, la navette est à même d'effectuer une partie de la mission en télécommande depuis l'Explorer, mais l'ensemble des mesures n'est possible qu'avec un équipage humain. Cette partie du travail peut demander plusieurs semaines.
Si un des corps célestes se révèle intéressant, que ce soit par une apparence de forme de vie ou pour d'autres raisons, sera mise en route la construction d'une station secondaire permanente destinée à libérer l'Explorer pour d'autres missions. En effet, cette station n'a nul besoin d'effectuer de saut et peut donc être dépourvue de moteur. La construction d'une telle station prend d'un mois pour la mise en place du premier module à un an pour le plus grand modèle actuellement prévu, en cas de richesse minière exceptionnelle dans un système inhabité où il n'y aurait donc aucun problème d'exploitation.
Chaque système ainsi visité prendra entre un mois s'il n'a aucun intérêt et un an s'il faut construire une station permanente. Nous avons décidé de réduire à une semaine la durée des premiers tests faits par l'Explorer jusqu'à ce qu'un système intéressant soit trouvé. Même si cela doit, dans un premier temps, nous faire manquer des occasions, nous espérons aboutir à une trouvaille intéressante dans un délai de cinq ans. Vu le prix de revient du projet, il n'est pas sûr que nous pourrions aller plus loin en restant sur des échecs, d'autant que la durée de vie de l'Explorer ne dépassera sans doute pas cette valeur. L'échec relatif du Voyager nous a fait perdre quatre-vingt-dix ans (!), un échec de l'Explorer serait catastrophique.
Nous pourrons donc visiter brièvement au maximum cent cinquante systèmes stellaires sur les trois cent quarante mille déjà cartographiés. Les ordinateurs tournent pour nous les choisir, mais je me réserve quelques coups de coeur.
En attendant, pour moi, le compte à rebours a commencé car dans trois mois je pars pour la Lune et dans six mois je serais sur la station de cartographie de Saturne. Je ne reviendrais sur Terre qu'après un succès ou dans un cercueil. Il est hors de question pour moi d'admettre un échec.
Je suis maintenant au point médian. Ce point est l'emplacement de la station lunaire, il n'y a presque rien sur la Lune proprement dite. Vous savez tous que la Lune a une masse six fois plus faible que celle de la terre, il existe donc un point de l'espace, assez proche de la Lune, où les gravités de la Terre et de la Lune s'équilibrent. La station a, tout naturellement, prit le nom de Point Médian. Ce point est particulièrement avantageux pour lancer les vaisseaux cargo vers la station de transfert de Saturne.
La situation n'y est pourtant pas aussi stable que l'on pourrait le penser et le moteur à fusion totale de Point Médian est toujours en action. Mais les corrections sont faibles. De plus la station, vieille de plus d'un siècle, est très grande et très lourde et cela suffit à créer localement une micro gravité qui retient auprès de la station les vaisseaux en attente.
Par contre Point Médian est une station "fixe". Aucune rotation ne vient y créer de gravité "terrienne" et les séjours s'y font donc uniquement en apesanteur. C'est sans importance pour les voyageurs en transit, mais non sans conséquence pour le personnel de la station. Les ouvriers chargés du montage des nouveaux vaisseaux effectuent quatre heures par jour un travail de force qui les dispense de gymnastique - encore que beaucoup s'y adonnent par plaisir - mais les employés de service ou aux contrôles doivent obligatoirement passer au moins deux heures par jour à la salle de musculation. Sans cela ils deviendraient gros, gras et sans force et risqueraient un accident grave à leur retour sur Terre après leurs trois ans de contrat.
C'est avec intérêt que j'ai visité la salle de musculation car ces salles sont presque standard sur toutes les stations et nous aurons la même -en plus réduite- à bord de l'Explorer. Sur Terre une majorité des appareils consiste à jouer contre la gravité. Il faut courir, sauter, porter des haltères, lancer le javelot ou le marteau, tous sports qui n'ont guère varié depuis les grecs et Olympie. Ici, bien sûr, rien de tout cela.
Certains appareils utilisent la masse de leurs accessoires. Nous avons ici de simples haltères. Il ne s'agit plus, par contre, de les soulever, mais de leur imprimer une certaine vitesse puis de les freiner. Le mouvement est assez semblable à celui utilisé sur Terre. Le sportif est allongé sur un banc, il passe les jambes et les bras dans des sortes de bretelles fixées au banc et qui l'empêchent de bouger. Ces bretelles doivent être soigneusement réglées au niveau des épaules pour ne pas gêner la mobilité des bras. Il saisit ensuite les haltères. En général des haltères ayant une masse de un kilogramme suffisent. Elles sont en uranium appauvri, pour être moins volumineuses et se présentent donc comme de simples poignées en caoutchouc Elles sont cependant entourées d'une sorte de garde, comme celle d'une épée, recouverte également de caoutchouc. En effet le mouvement consiste à rapprocher les bras tendus puis à les écarter assez rapidement pour que l'inertie des masses se fasse sentir. Les nouveaux utilisateurs mettent quelques instants à comprendre qu'il faille freiner les haltères avant que les deux bras ne se rencontrent, faute de quoi le choc est assez rude. Une lanière de cuir vient d'ailleurs assujettir l'haltère à son utilisateur pour qu'il n'y ait pas de projectile lancé à travers la salle.
D'autres appareils utilisent un ressort ou un sandow. Je n'insisterai pas, ils fonctionnent comme leur homologue sur la Terre. D'autres utilisent un amortisseur fluide ou mécanique comme les vélos d'appartement que vous connaissez. D'autres enfin sont munis d'un moteur, ce qui leur permet de produire sur l'utilisateur des efforts variables en direction et intensité. L'un de ces appareils, que je considère comme une véritable machine de torture est simplement constitué de deux poignées articulées sur le mur. Ces poignées peuvent donc tourner et se trouvent à l'arrêt en face de deux repères peints sur le mur. Le travail consiste à les maintenir en face de ce repère alors qu'un moteur tente de les faire tourner. Le sportif saisit donc les poignées. Dès qu'il les a en main, celles-ci tentent de s'écarter. N'oubliez pas que nous sommes en apesanteur et qu'ici le sportif n'a aucun autre point d'appui que les poignées. Au début un effort minime suffit à les maintenir en face, mais au bout de quelques secondes la résistance disparaît. Il faut alors une grande maîtrise de soi pour ne pas rapprocher les poignées. Le jeu continue ainsi, les variations d'effort du moteur étant de plus en plus soudaines jusqu'à ce que le sportif s'avoue vaincu. Les premières fois, on se retrouve au bout de dix secondes flottant dans les lanières de sécurité. Les meilleurs tiennent à peine cinq minutes.
Un autre jeu très simple consiste à bondir d'une extrémité de la salle à l'autre. Comme la salle, ici, fait six mètres de diamètre, le trajet dure deux à trois secondes. L'astuce est qu'il faut se retourner comme un chat pour se recevoir sur ses pieds et se relancer comme dans un mouvement de balançoire. Les tapis de départ et d'arrivée ne font qu'un mètre carré environ et il m'a fallu beaucoup de temps pour ne plus accrocher les filets de sécurité qui jalonnent le parcours. Les anciens font ça presque en dormant, en tout cas avec un baladeur sur les oreilles. Les meilleurs utilisent six tapis répartis sur le pourtour de la sphère. Pour ce jeux, il faut remiser tous les autres appareils pour libérer toute la salle. Il y a cinq joueurs et donc six tapis. Les joueurs ont le droit de rester au maximum dix secondes sur un tapis et sont éliminés s'ils posent le pied en dehors des tapis de réception. Il leur faut donc bondir à travers la salle d'un tapis à l'autre sans pour autant toucher un autre joueur ce qui est aussi éliminatoire. En cas de contact entre deux joueurs c'est le dernier à avoir quitté son appui qui est éliminé. Le jeu consiste donc à bondir vers un partenaire, ce qui l'oblige aussitôt à bondir lui-même pour éviter le choc. Le dernier joueur non éliminé est le gagnant.
Ce jeu a ses fanatiques et les paris atteignent des sommes significatives, au point que les autorités ont dû intervenir et décréter que les paris en argent étaient interdits. On n'a plus maintenant le droit de parier que pour le principe. Tout contrevenant serait immédiatement jeté sans scaphandre dans l'espace, ce qui fait que personne n'essaie. Il faut dire que cette mesure extrême est intervenue après qu'une rixe entre parieurs ait fait un mort.
Il y a aussi des parties en équipe, ou le jeu consiste à tenir le plus longtemps possible sans qu'aucun joueur soit éliminé. Je crois que je n'accepterai que cette variante dans l'Explorer, elle développe la solidarité au lieu de la rivalité et cela cadre mieux avec nos obligations.
Je ne vais pas rester longtemps au Point Médian, le prochain vaisseau rapide pour la station de transfert part dans une semaine. Ce ne sera pas de trop pour que je m'habitue au "tube à essai". Je viens d'apprendre que c'est le terme employé par les techniciens du Point Médian pour désigner les cellules individuelles hyperbares des vaisseaux. Il y a longtemps que le cocon du type de celui du Voyager a été abandonné, comme bien trop coûteux. Le nouveau système utilisé est plus simple. Le voyageur est placé dans un cylindre en acier à peine assez grand pour le contenir, doublé d'une mousse assez souple et très confortable, à rigidité variable, qui épouse parfaitement les formes du corps qui repose dessus. La tête du passager est recouverte par un casque léger servant surtout aux connexions encéphalographiques de liaison avec le vaisseau. La cellule est ensuite remplie de liquide sous pression. Ce liquide, dont la composition est assez voisine de celle du plasma sanguin irrigue peu à peu la totalité du corps du patient, y compris les cavités usuellement remplies d'air. On se retrouve ainsi comme un foetus aux premières heures de la vie intra-utérine.
Cette disposition permet de supporter sans trop de problème de grosses accélérations, supérieures à cent G. Le passager se retrouve donc pendant quelques heures avec un poids de cent fois supérieur à son poids normal. Ce système est connu depuis longtemps et fonctionne fort bien, mais il présente l'inconvénient de ses qualités, le bien être est tel qu'il provoque en très peu de temps une régression très forte. Peu d'expérimentateurs ont supporté plus de quelques minutes dans ces conditions.
Or le trajet dure de quinze jours à un mois et demi, en fonction des positions relatives de la Terre et de la station de transfert. La solution utilisée actuellement consiste à déconnecter totalement l'esprit du passager de son corps. Comme les impressions fournies par le caisson sont douces et calmes, il est facile d'y surimposer une activité raisonnable. Le patient n'a alors plus conscience de se trouver dans la cellule. En fait il vit le voyage dans l'espace par l'intermédiaire des senseurs du vaisseau, il joue ou bavarde avec ses compagnons de voyage, fait l'amour avec ses maîtresses et en éprouve des orgasmes parfaitement réels avec érection et émission de sperme pour les hommes. Le plus surprenant est que vous avez l'occasion de faire l'amour avec un compagnon de voyage, avec caresses, baisers, pénétration, orgasme, et cela sans l'approcher ni même le voir.
Je dois dire que ce n'est pas avec mon mari que j'ai fait cette expérience, qui a été satisfaisante à un point imprévisible. Je ne sais pas si on peut considérer que j'ai trompé mon mari ou si on peut assimiler ceci à un simple fantasme, mais je comprends pourquoi il y a depuis quelques années une polémique sur Terre sur le point de savoir si de tels appareils doivent être mis à la disposition du public.
Il faut quand même savoir que si la vie "virtuelle" ainsi vécue par le passager n'est pas soigneusement équilibrée les risques pour la santé sont sérieux. Après tout il y a longtemps que l'on sait provoquer un orgasme par une excitation électrique soigneusement dirigée, mais on sait aussi que la mort survient au bout de très peu de minutes.