Anna.
A l'ouverture du rideau, la scène représente la passerelle d'Explorer V. Comme il n'est évidemment pas possible de mettre sur scène les nouveaux vaisseaux où l'équipage travail en submersion fluorée, la scène représente une image d'Epinal.
Le fond de la scène est un décor plus ou moins sphérique, occupée en majorité par un écran gigantesque derrière lequel on voit Saturne, la station spatiale Statrans, le soleil et les étoiles. Au cours du premier acte, on verra passer la capsule du commandant Ythuria (suspendue à un fil invisible).
PREMIER ACTE.
L'ACCIDENT.
Devant l'écran, une console d'instruments et d'ordinateurs occupe toute la largeur de la salle. Devant la console, plusieurs chaises. Cette partie du décor est séparée du devant de la scène par deux marches. Anna et Lasmi sont assis devant la console avec des écouteurs sur la tête. Au début de la scène ils tournent le dos au public.
SCENE I.
ANNA, LASMI.
VOIE OFF.
Un point rouge clignote sur Statrans, que l'on voit sur l'écran.
Statrans à Explorer V, Statrans à Explorer V, répondez.
ANNA.
Dans un micro.
Statrans, ici Explorer V, nous vous recevons fort et clair, à vous.
VOIE OFF.
La capsule du commandant Ythuria arrive chez vous dans quinze minutes, préparez-vous à la recevoir.
ANNA.
Bien compris, Statrans, nous sommes prêts.
A Lasmi
Préviens l'équipe de permanence, je vais avertir le capitaine.
Elle enlève ses écouteurs, se lève et se dirige coté cour. Là elle s'arrête devant une porte que l'on ne voit pas du public et frappe.
LASMI.
Dans le micro.
Lieutenant Cenghialta, Lieutenant Cenghialta Préparez-vous à recevoir une capsule au sas numéro 1.
Lieutenant Cenghialta, REPONDEZ.
Il n'obtient apparemment pas de réponse, se lève et part en courant. Au bout d'un mètre il est bloqué par le fil de son casque qu'il a oublié d'enlever. Il jette le casque et sort en courant coté cour.
SCENE II.
ANNA, LE CAPITAINE.
LE CAPITAINE.
Sortant de son bureau.
Bonjour, ma chatte, comment vas-tu, ce matin ?
ANNA.
Se rengorgeant.
Bien, mon capitaine.
Le capitaine se penche et l'embrasse sur les lèvres.
Charly ! Nous ne sommes pas seuls !
LE CAPITAINE.
Allons donc !
Il regarde autour de lui.
Il n'y a que Lasmi, ca ne compte pas. Qu'est-ce qui me vaut le plaisir de ta visite ?
ANNA.
Le commandant Ythuria arrive de Statrans.
LE CAPITAINE.
Déjà !
Regardant le calendrier au mur.
Tu me fais perdre la notion du temps.
ANNA.
Il est annoncé pour dans
Elle regarde également l'horloge calendrier
Sept minutes.
SCENE III.
ANNA, LE CAPITAINE, LASMI, TROIS HOMMES D'EQUIPAGES.
LASMI.
Capitaine, le Lieutenant Cenghialta est introuvable. Les membres de l'équipe de permanence ne l'ont pas vu depuis vingt minutes et la capsule arrive.
SCENE IV.
LES MEMES PLUS LE LIEUTENANT CENGHIALTA.
Celui-ci entre coté cour dans un état lamentable, son uniforme sale et déchiré, des traces de sang sur sa chemise.
LE LIEUTENANT.
Au secours
Il s'effondre sans connaissance. Pendant ce temps, on voit par l'écran la capsule qui approche lentement. Elle arrive coté jardin et disparaît coté cour à la fin de la scène.
LE CAPITAINE.
Anna, occupez-vous du Lieutenant. Lasmi, au poste central, Cassani, Rincon
Il s'adresse aux hommes d'équipages.
Au sas numéro 1. Jaermann, avec moi.
Le capitaine sort coté jardin, les autres coté cour. Anna reste sur scène, accroupie, la tête du lieutenant sur les genoux. Après que tout le monde est parti, elle lui caresse la tête et lui parle. Lui reste sans connaissance.
SCENE V.
ANNA, CENGHIALTA, LASMI.
Lasmi est devant le clavier, au fond de la scène, il tourne le dos au public et n'entend pas ce qui se dit.
ANNA.
Mon chéri, ce ne sera rien, tu verras. Tu as juste quelques coupures au visage et
Elle lui tâte le crâne
Une grosse bosse. Tu verras, je vais bien m'occuper de toi.
Ne t'inquiètes pas, ce salop d'Ythuria ne pourra pas nous séparer.
Elle l'embrasse sur le front.
SCENE VI.
LES MEMES, LE CAPITAINE.
Le capitaine est rentré sans qu'Anna le voie, il entend la fin de la phrase. A ce moment une violente explosion rententit à travers toute la station.
ANNA.
Mon Dieu !
Elle va pour se lever, mais n'ose pas lâcher le lieutenant. De nombreux voyants rouges se sont allumés sur les consoles, Le mot DANGER en rouge clignote au milieu de l'écran.
LE CAPITAINE.
Se précipitant vers la console).
Lasmi, procédure d'urgence, appel de détresse, fermez les portes étanches
Deux cloisons grises viennent fermer la scène coté cour et coté jardin.
Rapport de dégâts.
Il se tourne vers les spectateurs, comme si la salle de spectacle était le reste des panneaux de la salle de commande. Son regard fait le tour de la salle au fur et à mesure que Lasmi fait son rapport. Un projecteur rouge suit le regard du capitaine et éclaire donc successivement plusieurs parties du public.
LASMI.
Mon capitaine, rapport de dégâts.
Sas numéro 1, détruit.
Sas numéro 2, détruit.
Sas numéro 3
Le projecteur vire au vert.
Intact, occupé par la capsule de sauvetage.
Salle des moteurs, liaison coupée.
Le projecteur est jaune.
Etat incertain.
Salle de repos, pression d'air nulle, l'équipe de repos est détruite.
Le projecteur est rouge sombre.
Salle de l'ordinateur, intacte.
Le projecteur éclaire un peu mieux.
Coursive intacte.
A ce moment des coups violent sont frappés à la porte coté cour, le capitaine se tourne dans cette direction, ainsi que les projecteurs, la porte s'ouvre, montrant le reste de l'équipage, vêtements déchirés, visages tuméfiés. Dès que tout le monde est rentré, la porte étanche se referme.
SCENE VII.
TOUS LES PERSONNAGES DEJA VUS.
L'écran principal s'éteint, la lumière baisse. Tous les personnages vacillent comme s'ils manquaient d'air, mettant la main à leur gorge. Tous tombent, la lumière s'éteint, le rideau tombe.
ANNA.
A moi, j'étouffe !
(Fin du premier acte)
DEUXIEME ACTE.
L'ENQUETE.
SCENE I.
LE CAPITAINE, LE GENERAL.
Même décor que pour le premier acte, mais des adhésifs de couleur barrent les consoles, avec de gros scellés, plusieurs civières ancien modèle sont repliées et posées contre la balustrade au premier rang. Tous les témoins faisant partie de l'équipage vont défiler en portant des bandages et des béquilles, sauf Anna et le capitaine. Tous les blessés s'assoient dès qu'ils ne sont plus interrogés. Le lieutenant est couché au milieu de la scène sur un brancard, mais on ne le voit pas.
LE CAPITAINE.
Entrant à reculons.
Mon général, je vous en prie, donnez-vous la peine d'entrer
Entre un général en grand uniforme chamarré.
LE GENERAL.
Où avez vous bien pu dégotter cet uniforme ! Il ne manque plus que le cheval !
LE CAPITAINE.
Mon général, le magasin des vêtements à été détruit et c'est tout ce que nous avons trouvé. Ce costume date du dernier spectacle donné pour le lancement d'Explorer V.
LE GENERAL.
Depuis que les transferts se font sous submersion amniotique, c'est la première fois que je ne trouve pas à m'habiller correctement à l'arrivée. Enfin Faites moi un état des pertes.
LE CAPITAINE.
Mon Général, nous avons eu beaucoup de chance, au moment de l'explosion personne ne se trouvait dans la zone touchée. Par contre presque tout l'équipage a été blessé par le contre coup. Nous nous en tirons très bien, mon général.
LE GENERAL.
Vous oubliez l'Explorer au trois quarts détruit, le Commandant Ythuria calciné avec sa capsule A combien estimez-vous le coût de cet accident ?
Mais passons à l'enquête, je vous ai demandé de réunir tout votre équipage, où est-il ?
LE CAPITAINE.
Il est là, mon général, il est là.
Il va vers la coulisse et fait un signe. L'équipage, éclopé, entre et s'aligne au fond de la scène. Le général s'assoit à une table en bois coté cour.
SCENE II.
LES MEMES, PLUS L'EQUIPAGE AU COMPLET.
LE GENERAL.
S'adressant à l'équipage.
Mes amis, je suis là pour faire toute la lumière sur ce malheureux accident. Lequel d'entre vous a quelque chose à dire ?
Tous les membres de l'équipage lèvent la main.
Diable ! Je vais donc vous voir chacun à votre tour, en commençant par les hommes d'équipage et en finissant par les officiers.
Il sort un papier de sa poche : la liste de l'équipage.
Desbien !
Personne ne répond, il se tourne alors vers le capitaine.
Et bien, capitaine, que se passe-t-il ?
LE CAPITAINE.
Mon général, l'équipe de réserve n'est pas à bord.
LE GENERAL.
Pas à bord ! Mais vous deviez partir en mission demain !
LE CAPITAINE.
Il y a eu une erreur de transmission, ils n'ont été rappelés que pour demain. C'est heureux, d'ailleurs car c'est leur quartier qui a le plus souffert de l'explosion et on a d'abord cru qu'ils étaient tous morts.
LE GENERAL.
Bel exemple ! Voyions donc l'équipe de permanence. Matelot Jaermann, où étiez-vous au moment de l'explosion ?
JAERMANN
Il s'approche et commence à parler.
J'étais dans le corridor, mon général.
LE GENERAL.
Et que faisiez-vous dans le corridor ?
JAERMANN.
J'allais vers l'infirmerie, chercher des pansements pour le lieutenant Cenghialta.
LE GENERAL.
Je vous ai bien dit avant l'explosion, pas après.
JAERMANN.
C'est bien cela, mon général, Le lieutenant a été blessé avant tout le monde.
LE GENERAL.
Curieux, ça ! Lieutenant !
Le lieutenant apparaît, levant la tête d'une civière posée sur le sol. Jusqu'à présent personne n'avait fait attention à lui.
Racontez-moi votre histoire depuis le début.
Le lieutenant est sur la civière, appuyé sur un coude, tourné vers le public, coté cour. Il fait donc également face à ses camarades. Avant de répondre, il regarde son capitaine qui fait de grands signes de dénégation.
LE LIEUTENANT.
Oui mon général. C'est la faute à Anna. C'est ma fiancée, elle doit m'épouser au retour de la mission.
Tous les hommes d'équipage font des signes de dénégation et s'indignent en silence. Le général ne voit rien.
Mais avant d'arriver ici, sur Explorer V elle a fait partie de l'équipage d'Explorer IV. Commandé par le capitaine Ythuria.
Epuisé, il s'arrête et se rallonge.
LE GENERAL.
Ah ! Je comprends tout ! Vous avez eu peur que le commandant Ythuria ne vous la reprenne et vous avez posé une bombe pour le faire sauter ! Je vous arrête pour assassinat.
Tout à coup il remarque un des soldats qui fait de grands gestes.
Vous, oui, vous, avez-vous quelque chose à dire ? Présentez-vous !
RINCON.
Matelot Rincon, mon général. Le lieutenant n'a pas pu se blesser lui-même.
LE GENERAL.
Qu'en savez-vous ?
RINCON.
C'est moi qui l'ai découvert blessé, longtemps avant l'explosion. Il portait des traces de coups. Il y avait visiblement eu bataille.
Il était étendu dans le couloir qui mène à la cuisine, sans connaissance. Je l'ai secouru et accompagné au poste central dès qu'il a été en mesure de se déplacer. Il n'a rien voulu me dire sur ce qui lui est arrivé, il réclamait sans cesse le capitaine.
LE GENERAL.
Il se tourne à nouveau vers le lieutenant.
Lieutenant, expliquez-vous !
LE LIEUTENANT.
Mon général, c'est à cause d'Anna.
J'étais préoccupé par la venue du commandant Ythuria et je ne savais pas très bien où j'allais. Au lieu de rejoindre mes hommes à la permanence, je me suis trompé de direction et je me suis retrouvé devant la porte des cuisines.
A ce moment j'ai voulu en profiter pour prendre un café et j'ai poussé la porte. Cassani était en train d'embrasser Anna. Elle était presque nue. Elle se débattait. Je me suis précipité à son secours, j'ai pris l'épaule de Cassani qui me tournait le dos et ne m'avait pas vu venir. Il s'est retourné et m'a frappé.
Je me suis réveillé dans le couloir, soigné par Rincon. Cassani ayant tenté de violer Anna et ayant frappé son supérieur, je devais en référer au capitaine, mais je n'en ai pas eu le temps.
Pendant le témoignage du lieutenant, le nommé Cassani à fait preuve d'une grande agitation. Entendant la fin de la phrase, il se précipite dans le couloir, bien qu'il marche difficilement avec sa béquille.
SCENE III.
LES MEMES MOINS CASSANI.
LE GENERAL.
Laissez-le, il ne peut pas aller loin. Jaermann !
Celui-ci s'avance vers le général.
Y a-t-il des explosifs à bord d'Explorer V ?
JAERMANN.
Pas à ma connaissance, mon général.
LE GENERAL.
Pourtant, je vois sur ma feuille que c'est vous le responsable du matériel, vous connaissez donc tout ce qu'il y a à bord ?
JAERMANN.
Oui, mon général. Il n'y a pas d'explosif à bord, mais il est assez facile d'en fabriquer, nous avons de grosses réserves d'oxygène et d'hydrogène qui, comme vous le savez, forment un mélange très explosif.
LE GENERAL.
Et qui a accès à ces produits ?
JAERMANN.
Tout le monde, mon général. Nous n'avions aucune raison de craindre un attentat !
Après un silence.
Puis-je ajouter un mot, mon général ?
LE GENERAL.
Mais bien sur, faites !
JAERMANN.
Je ne comprends pas les déclarations du lieutenant. C'est moi qui suis le fiancé d'Anna. Elle a partagé ma couchette pas plus tard qu'hier soir, nous devons nous marier dès la fin de la mission. Elle m'a fait promettre le secret, mais vues les circonstances
LE GENERAL.
Décidément ! Dites moi, et ma question s'adresse à tous
Disant cela il s'est tourné vers le capitaine.
Qui d'entre vous n'est pas "fiancé" avec Anna ?
Un silence éloquent.
LASMI.
Mon général !
LE GENERAL.
Ah ! Au moins vous, Lasmi, le gentil Lasmi, vous n'êtes pas fiancé à Anna !
LASMI.
Non, mon général, moi je suis son mari !
Fin de l'acte, le rideau tombe.
ACTE III.
LE DENOUEMENT.
SCENE I.
Même décor. Au premier plan, le général à son bureau couvert de papiers, devant lui, au garde à vous, le capitaine.
LE GENERAL.
Capitaine, je ne vous félicite pas.
LE CAPITAINE.
Oui mon général.
LE GENERAL.
Taisez-vous quand je ne vous interroge pas !
Je n'ai pas voulu vous faire des reproches devant vos hommes, mais ce vaisseau est une pétaudière
Au fur et à mesure des reproches, le capitaine, qui au début se tenait bien droit, s'affaisse progressivement.
Je sais que vous ne choisissez pas vos hommes, mais je constate que les chambrées sont dans un état lamentable
Tout en parlant il feuillette des papiers, visiblement les notes qu'il a prises pendant sa visite du vaisseau.
La cuisine est pleine de vaisselle sale.
Les WC sont crasseux.
La cour n'est pas balayée.
La cantinière couche avec tous les hommes du vaisseau, y compris le lieutenant et le capitaine.
A ces derniers mots, le capitaine se redresse.
Il n'y a pas de quoi en être fier
Mimique du capitaine qui veut parler.
Que pouvez-vous dire pour votre défense, capitaine ? N'oubliez-pas qu'il y a eu viol, bagarre entre un soldat et son supérieur, sabotage et assassinat ! C'est assez pour vous envoyer en conseil de guerre et vous faire éjecter dans l'espace !
Parlez !
LE CAPITAINE.
Emu.
Mon général, c'est Anna.
LE GENERAL.
A mais, vous m'embêtez, avec cette Anna ! D'abord, appelez-la par son nom
Consultant ses fiches.
"Santaromita". Evidemment, c'est moins facile à dire qu'Anna.
LE CAPITAINE.
Mon général, Santaromita n'est pas un simple membre de l'équipage.
LE GENERAL.
Certes, mais tous les membres de l'équipage ont leurs entrées chez elle ! Pardonnez ce jeu de mot vaseux, mais je commence à perdre patience !
LE CAPITAINE.
Mon général, Anna Santaromita est venue à bord à la recommandation du Général Caritoux.
A ce nom, le général se radoucit et devient mielleux.
LE GENERAL.
Le général Caritoux, le chef de la section psychosociologie de la station spatiale ! Mais c'est un homme très important, que vous mettez en cause là !
LE CAPITAINE.
Ce n'est pas une mise en cause, mon général. Le colonel Santaromita avait une mission secrète à bord de ce vaisseau. Elle devait mettre à l'épreuve la cohésion de l'équipage, en vue d'une expédition de longue durée.
LE GENERAL.
S'adressant au public.
Belle épreuve, et belle cohésion !
S'adressant au capitaine.
Donc, Anna est colonel, psychologue, espion. Et quoi encore ? Il commence à être temps que je lui dise deux mots, à celle-là !
Capitaine !
LE CAPITAINE.
Mon général ?
LE GENERAL.
Sortez et allez dans votre cabine, vous êtes aux arrêts de rigueur jusqu'à votre départ d'Explorer. Faites entrer le colonel Santaromita.
SCENE II.
LE GENERAL, ANNA.
Anna entre tranquillement sur scène, traverse la scène jusqu'au bureau du général, récupère une chaise et s'affale sur la chaise. Son uniforme, déjà collant, est déchiré en plusieurs endroits, laissant apparaître sa poitrine généreuse et ses fesses.
ANNA.
Alors, Raul, qu'en dis-tu ?
LE GENERAL.
Ma chère, tu es toujours aussi dévastatrice. Je t'admire !
ANNA.
Je dois dire que j'ai fait fort, cette fois-ci. Que veux-tu, tout ces hommes sont si virils que je ne peux pas me retenir de m'amuser un peu ! N'oublie pas les termes de notre contrat de mariage : un mois de vacances par an. D'ailleurs j'ai entendu dire que tu ne t'étais pas embêté toi non plus !
LE GENERAL.
J'étais embarqué comme passager sur le vol touristique XII. Il y avait huit hommes pour cinquante femmes. Je suis vanné. Mais quand même, moi, je n'ai tué personne !
ANNA.
Mais moi non plus, c'est ça qui est formidable. Il n'y a pas eu d'attentat !
LE GENERAL.
Mais enfin, l'explosion
ANNA.
Pendant que tu faisais ton général d'opérette, j'ai fait ma petite enquête. C'est le sas 1 qui a explosé. Ce sas est prévu pour les arrivées en submersion, sous liquide fluorocarboné. Or au moment de l'arrivée du commandant Ythuria il était rempli d'un mélange d'hydrogène et d'oxygène. Une étincelle et pfuit
Quand à savoir pourquoi ce mélange gazeux était là, il m'a fallu consulter l'ordinateur de bord.
Nous avons de nombreuses expériences en cours et l'une d'elle utilise une pile à combustible qui fournit de l'électricité au moyen d'une combustion hydrogène/oxygène. Il ne m'a pas fallu longtemps pour remarquer une erreur dans la programmation qui a envoyé une partie des gaz dans le sas à la place du liquide qui devait le remplir après l'arrivée du commandant.
La malchance a voulu que cet envoi de gaz se produise tous les jours justement à l'heure d'arrivée du commandant. Jusqu'à présent, comme le sas est ouvert en permanence, les gaz se sont évaporés dans l'espace sans mal
Ce programme a été conçu il y a déjà plusieurs années, mais n'avait encore jamais été exploité ici. Rien qu'un peu de malchance. Dommage, le commandant était un amant attentif.
Rassure-toi, aucun ne te vaut !
LE GENERAL.
Il se lève, fait le tour de la table et tombe dans les bras d'Anna.
Ma chérie, embrasse-moi, les vacances sont terminées !
Le rideau tombe, fin de la pièce.